Cet article explore les raisons pour lesquelles les réformes fiscales sont si différentes dans les États fragiles, les conditions dans lesquelles elles se produisent, et ce qui peut être fait pour les rendre plus efficaces, y compris pour contribuer, autant que possible, à la construction de l’État. Fondé sur un engagement et un travail de terrain étendus au Sahel et dans d’autres régions d’Afrique subsaharienne (Afrique centrale et de l’Ouest, Somalie), cet article pluridisciplinaire s’appuie sur les acquis de l’histoire de la fiscalité en Afrique ainsi que sur les recherches existantes en anthropologie et en économie politique.
L’article explique pourquoi plusieurs préalables, telles la légitimité de l’État ou une capacité fiscale centralisée, sont absents de la plupart des pays touchés par la fragilité, les conflits et la violence, et donc pourquoi, dans bien des cas, la coercition est impossible. Il explore également la continuité entre les institutions des administrations coloniales et les administrations fiscales et douanières actuelles, et pourquoi l’on ne peut attendre de changements majeurs en peu de temps. Le niveau de prélèvement dans ces pays résulte principalement de processus de négociation entre acteurs puissants.