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Les recommandations de lecture de l’équipe de l’ICTD pour 2024

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Les recommandations de lecture de l'équipe de l'ICTD pour 2024
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Tout au long de l’année, les membres de l’équipe de l’ICTD ont composé des listes de lecture mensuelles de livres qui font réfléchir, couvrant un large éventail de thèmes, du développement à la politique, la race, le genre, l’occupation et même la fiction. Nous les avons rassemblées pour vous ci-dessous.

 

Adrienne Lees recommande :

Couvertures des livres The First Woman, Glory, L'Autre Moitié du soleil et No Home

The First Woman, de Jennifer Nansubuga Makumbi (Ouganda)

Ancré dans la brutalité de l’Ouganda d’Idi Amin, ce récit sur le pouvoir et les rôles de genre suit un personnage central spirituel et attachant qui découvre sa place dans le monde, en tissant folklore ougandais et féminisme moderne.

Glory, de NoViolet Bulawayo (Zimbabwe)

Une relecture africaine de La Ferme des animaux, qui raconte la chute inattendue du Vieux Cheval et les tentatives comiques et grotesques de la population animale pour lancer une véritable révolution. Illustre merveilleusement l’absurdité des régimes autocratiques.

Half of a Yellow Sun, de Chamamanda Ngozi Adichie (Nigeria)

Un roman épique qui suit la vie de trois personnages pris dans le chaos de la lutte du Biafra pour son indépendance vis-à-vis du Nigeria dans les années 1960, et la manière dont l’amour complique les alliances ethniques, la classe et la race.

Homegoing, de Yaa Gyasi (Ghana)

Une vaste histoire sur sept générations, qui commence avec deux demi-sœurs aux destins très différents et entraîne le lecteur de la traite des esclaves de la Côte-de-l’Or aux plantations du sud des États-Unis.

 

Amy Warmington recommande :

Couvertures des livres Piranesi, L'Autre Moitié du soleil, Pensées pour moi-même et Adventures of a Young Naturalist

Piranesi, de Susanna Clarke

J’ai lu ce roman par accident, en pensant qu’il s’agissait d’autre chose, et je crois que ne rien savoir était la meilleure façon de le découvrir. La critique de Track of Words décrit parfaitement mon sentiment : « Piranesi est magnifiquement écrit mais peu conventionnel et difficile à décrire, le genre de livre qui vous plonge d’emblée au cœur d’un monde pleinement formé, avec ses règles, ses systèmes, son style et sa terminologie propres, et qui ne révèle ses secrets que lentement et prudemment à mesure que l’on creuse sous la surface. »

Meditations, de Marc Aurèle (traduction et notes de Martin Hammond)

Une série d’écrits personnels de Marc Aurèle, empereur romain de 161 à 180, consignant ses notes privées et ses réflexions sur la philosophie stoïcienne. J’aime le feuilleter par petites touches plutôt que le lire d’un bout à l’autre ; il est étonnant de voir combien ses méditations restent pertinentes aujourd’hui.

Adventures of a Young Naturalist, de David Attenborough

Une compilation de trois livres qu’Attenborough a écrits sur les tout débuts de sa carrière. En tant qu’admiratrice d’Attenborough, j’ai pris plaisir à suivre ses voyages parfois hasardeux et téméraires en Amérique du Sud et en Indonésie dans les années 1950, à la recherche d’espèces insaisissables. « Un excellent livre pour quiconque veut voyager par procuration comme un aventurier d’autrefois et cherche à comprendre le chemin parcouru dans le développement d’une attitude protectrice envers la faune », New York Times.

 

Awa Diouf recommande :

Couvertures des livres Black Africa, Africa Must Unite, Sons of Independence et I Am Because We AreBlack Africa: The Economic and Cultural Basis for a Federated State, de Cheikh Anta Diop

Ce livre prolonge le combat de Diop pour l’unification politique et économique des nations d’Afrique noire.

Africa Must Unite, de Kwame Nkrumah

Par un grand dirigeant panafricaniste, expose les arguments en faveur de la libération totale et de l’unification de l’Afrique. Une lecture essentielle pour tous ceux qui s’intéressent aux processus de développement socio-économique mondiaux.

Les Soleils des indépendances, d’Ahmadou Kourouma

Considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature africaine moderne, il offre au lecteur un regard unique sur la culture et les conflits africains.

I Am Because We Are: An African Mother’s Fight for the Soul of a Nation, de Chidiogo Akunyili-Parr

Dans ce mémoire novateur et intime, une fille raconte l’histoire de sa mère, une héroïne panafricaine qui a affronté la misogynie et combattu la corruption au Nigeria.

 

Camille Barras recommande :

Couvertures des livres Things Fall Apart, Une si longue lettre, Ébène et Cent jours

Things Fall Apart, de Chinua Achebe (1958)

Premier volet de la « trilogie africaine » et premier roman de l’auteur. Située dans le pays igbo précolonial (dans l’actuel Nigeria) à la fin du XIXe siècle, cette histoire puissante suit la vie d’Okonkwo, chef de clan, et le bouleversement des rapports de pouvoir et de l’identité locaux provoqué par l’arrivée des missionnaires européens et des forces coloniales.

Une si longue lettre, de Mariama Bâ (1980)

Un autre classique, qui raconte l’histoire de l’enseignante sénégalaise Ramatoulaye Fall écrivant à son amie de toujours Aïssatou après la mort soudaine de son mari dont elle était séparée. Ce récit semi-autobiographique offre une fine description de la condition des femmes dans une société qui autorise la polygamie. Merci à Marie-Reine Mukazayire, collègue de l’ICTD, qui l’avait recommandé la première !

Ébène, de Ryszard Kapuściński (1998)

Récit de voyage du premier correspondant en Afrique du journal d’État polonais, il se lit comme les fictions les plus captivantes. Rempli de détails historiques et d’anecdotes personnelles tirées des pérégrinations du journaliste sur le continent et de ses rencontres avec toutes les classes sociales, des ministres aux paysans, il offre un regard fascinant sur la période qui suit immédiatement les indépendances et les décennies suivantes (et sur cette époque pas si lointaine où voyager sans Internet était bien plus aventureux).

Cent jours, premier roman de l’écrivain et dramaturge Lukas Bärfuss (2008)

Le génocide en cours au Rwanda est raconté du point de vue d’un jeune coopérant suisse naïf ; un récit sans fard du rôle ambigu de son agence de développement dans les années qui précèdent 1994, et un livre qui fait réfléchir sur le secteur de l’aide plus généralement.

 

Emilie Wilson recommande :

Couverture du livre Poverty Safari de Darren McGarveyPoverty Safari: Understanding the Anger of Britain’s Underclass, de Darren McGarvey (2017)

Si vous vous êtes demandé « pourquoi le Brexit ? », « pourquoi les émeutes anti-immigration ? », « pourquoi la hausse massive des agressions au couteau ? », je vous recommande ce livre. Si vous vous intéressez à l’effet pernicieux de la privation, de la pauvreté et de l’exclusion systématique sur des générations de vies, je vous recommande ce livre. Darren McGarvey (aussi connu comme le rappeur Loki) dépeint avec éloquence, quoique sombrement, la peur abjecte et la volatilité de son enfance à Glasgow, dans la pauvreté. Ce ne sera pas une lecture facile, mais les provocations de McGarvey sont magnifiquement écrites, ce qui explique peut-être que son livre ait remporté le prix Orwell.

 

Eugenie Ribault, doctorante à l’IDS, recommande :

Couvertures des livres Chanson douce, Le Quai de Ouistreham, Marie Curie et ses filles et Même le silence a une finChanson douce, de Leïla Slimani

Une histoire qui se lit d’une traite. Ce qui fascine dans ce livre, c’est la violence du personnage principal, la nounou, que l’on aurait imaginée douce et gentille, mais qui s’avère tout le contraire.

Le Quai de Ouistreham, de Florence Aubenas

Une enquête sur les conditions de travail des femmes de ménage sur les ferries entre l’Angleterre et la France (Portsmouth-Caen). La journaliste a passé six mois dans la peau d’une travailleuse précaire dans le nord de la France et explique comment le système économique ne procure pas un revenu décent pour vivre, même en cumulant plusieurs emplois.

Marie Curie et ses filles, de Claudine Monteil

Une biographie présentant la vie de trois femmes extraordinaires qui ont connu une réussite professionnelle exceptionnelle, dont deux prix Nobel de chimie et l’une des premières femmes diplomates de France. Au-delà de leurs carrières, leur mode de vie contraste avec l’époque dans laquelle elles ont vécu.

Même le silence a une fin, d’Ingrid Betancourt

Raconte les six années que l’ancienne candidate à la présidence colombienne a passées en captivité aux mains des FARC dans la jungle. Elle décrit les conditions de vie inhumaines, ses techniques de survie et, surtout, les relations sociales au sein des camps isolés.

 

Frederik Heitmüller recommande :

Couvertures des livres Senghor, sa nègre attitude, Les Bouts de bois de Dieu, The Dawn of Everything et The Rainbow TroopsSenghor, sa nègre attitude, d’Ibou Fall (2021)

Une histoire politique du Sénégal centrée sur la figure du président Léopold Sédar Senghor, qui a gouverné le pays de 1960 à 1980 et dont l’héritage reste important aujourd’hui. Le livre fournit non seulement une foule de faits historiques et d’observations essentiels pour comprendre la politique sénégalaise contemporaine mais, venant de la plume d’un journaliste spécialisé dans la satire, il est aussi très amusant à lire.

Les Bouts de bois de Dieu, d’Ousmane Sembène (1960)

À travers le récit d’une grève des cheminots de la ligne Dakar-Bamako, l’auteur se concentre sur la lutte entre colonisés et colonisateurs, tout en abordant d’autres thèmes comme le rôle des femmes et des chefs religieux dans la société coloniale, et la relation entre les humains et les machines.

The Dawn of Everything: A New History of Humanity, de David Graeber et David Wengrow (2021)

En confrontant les preuves archéologiques aux idées sur les civilisations anciennes véhiculées par les écrits politiques, les auteurs réfutent deux idées fréquentes chez ces derniers : que le « développement » est un processus linéaire et que la révolution agricole a enfermé les sociétés dans un « piège » d’inégalité sociale. Les auteurs présentent au contraire une multitude d’études de cas qui soulignent la diversité des institutions politiques ayant probablement existé dans différentes civilisations anciennes.

Les Guerriers de l’arc-en-ciel, d’Andrea Hirata (2005)

S’inspirant de sa propre expérience, l’auteur brosse un tableau très riche de la vie dans un village isolé de l’île indonésienne de Belitong, en racontant l’histoire d’un groupe d’élèves qui se battent pour accéder à l’éducation dans l’espoir d’une vie meilleure.

 

Graeme Stewart-Wilson recommande :

Couvertures des livres En attendant le vote des bêtes sauvages, States at Work, Walking the Bowl et Getting to ZeroEn attendant le vote des bêtes sauvages, d’Ahmadou Kourouma

Dans cette satire onirique, drôle et féroce, Kourouma tisse l’histoire d’un dictateur fictif, inspiré de la réalité, d’une nation d’Afrique de l’Ouest. Le récit, sous la forme d’un panégyrique, mêle magie et histoire pour raconter l’Afrique du colonialisme à la guerre froide, jusqu’aux exigences cyniques de démocratie électorale des puissances occidentales.

States at Work: Dynamics of African Bureaucracies, de Thomas Bierschenk et Jean-Pierre Olivier de Sardan (dir.)

Ce recueil d’ethnographies se concentre sur les pratiques quotidiennes et ordinaires des fonctionnaires en Afrique et, à travers ce prisme, remet en cause les images idéales-typiques de l’État africain pour offrir une compréhension plus « réelle » et ancrée de la politique des réformes.

Walking the Bowl: A True Story of Murder and Survival Among the Street Children of Lusaka, de Chris Lockhart et Daniel Mulilo Chama

Ce récit vrai, dévastateur et poignant, sur les enfants des rues de Lusaka éclaire les règles qui façonnent la vie des enfants vivant en marge des villes africaines en croissance rapide, et les espaces d’espoir et de solidarité qui peuvent parfois s’ouvrir.

Getting to Zero: A Doctor and a Diplomat on the Ebola Frontline, de Sinead Walsh et Oliver Johnson

Dans ce témoignage captivant de l’intérieur sur l’épidémie d’Ebola de 2014-2016 en Sierra Leone, les auteurs saisissent la complexité des tractations politiques locales et internationales, tout en soulignant l’importance cruciale de l’action individuelle face à l’horreur et à l’incertitude d’une crise sanitaire mondiale qui échappe à tout contrôle.

 

Max Gallien recommande :

Couvertures des livres Dear Committee Members, Brand New Ancients, A Place of Greater Safety et Measuring the WorldDear Committee Members, de Julie Schumacher

Raconté entièrement à travers une série de lettres de recommandation de plus en plus délirantes d’un professeur d’écriture créative assiégé dans une université américaine, c’est une parodie drôle d’un certain type de vie universitaire de plus en plus étouffé par la marchandisation et le managerialisme, et une ode aux petits espaces d’humanité qui résistent dans les failles des structures institutionnelles et des départements de littérature désinfectés.

Brand New Ancients, de Kae Tempest

À l’origine une performance de spoken word, une histoire rapide, rythmée et vive de dieux et d’hommes, racontée avec le symbolisme des mythes grecs et l’imagerie du monde d’aujourd’hui (avant l’apparition de cinq séries différentes sur des dieux grecs modernes). La musique, le rap, le spoken word et la poésie de Kae Tempest sont tous, chacun à leur manière, bouleversants : un assaut de sincérité, de rythme et d’instinct que l’empathie rassemble. C’était l’une de leurs premières œuvres, et c’est toujours ma préférée.

A Place of Greater Safety, d’Hilary Mantel

L’histoire de la Révolution française racontée à travers les relations entre Danton, Desmoulins et Robespierre, leurs liens, leurs ambitions, leurs paranoïas. Un vieux récit qui se lit comme profondément moderne, par sa prose comme par la façon dont il s’approche au plus près de ses illustres personnages. Idéal pour tous ceux qui ont aimé Wolf Hall, et pour tous ceux que son ampleur ou son Angleterre des Tudor ont rebutés.

Les Arpenteurs du monde, de Daniel Kehlmann

Ce fut un énorme succès en Allemagne au début des années 2000, et il reste l’un des livres les plus lus, ce qui peut surprendre, car il passe une bonne partie de ses pages à se moquer de ce que le pays considère comme son histoire et son héritage intellectuels. En racontant l’histoire d’Alexander von Humboldt et de Carl Friedrich Gauss, il s’interroge sur la relation entre science et pouvoir, sur la nécessité de voir le monde pour le mesurer, et sur la question de savoir si l’un des fondateurs de la géographie empirique s’est adonné au cannibalisme. Il est criminel que Kehlmann ne soit pas plus lu hors d’Allemagne.

 

Meeko Angela Camba recommande :

Couverture du livre Some People Need Killing de Patricia EvangelistaSome People Need Killing: A Memoir of Murder in the Philippines, de Patricia Evangelista (2023)

Ce livre documente les dizaines de milliers de meurtres commis aux Philippines au nom de la guerre contre la drogue sous la présidence de Rodrigo Duterte, à travers le regard de la journaliste Patricia Evangelista, spécialiste des traumatismes. Ce n’est pas une lecture facile (non pas à cause de la prose, excellente !), mais elle est extrêmement importante, car elle ne se contente pas de parler de la brutalité et de la tragédie de ces meurtres : elle éclaire la manière dont ils se sont produits (et continuent de se produire) dans la plus ancienne démocratie d’Asie du Sud-Est.

 

 

Stephanie Alkoussa recommande :

Couverture du livre Returning to Haifa de Ghassan KanafaniRetour à Haïfa, de Ghassan Kanafani (1970)

Cette nouvelle de l’auteur palestinien Ghassan Kanafani est sa dernière œuvre avant son assassinat en 1972. Il y raconte l’histoire de Saïd et Safiyya, contraints en 1948 de fuir leur maison pendant la Nakba, laissant derrière eux leur nouveau-né Khaldoun. Ce n’est qu’en 1967 que le couple peut revenir, pour trouver quelqu’un d’autre vivant dans leur maison. Le roman met en scène une histoire tragique d’occupation et d’injustice, et traduit la nostalgie de l’auteur pour la patrie dont il fut exilé. Selon le Guardian, c’est un « appel à une prise de conscience et à une reconnaissance réciproques de l’injustice passée [qui] semble plus nécessaire que jamais ».

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