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D’agent des impôts à directeur des douanes : comment un ancien de l’ICTD porte la réforme

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D'agent des impôts à directeur des douanes : comment un ancien de l'ICTD porte la réforme

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Nous avons rencontré Najibullah Nor Isak, ancien participant 2021-2022 du cours de l’ICTD Research on Tax and Development, pour évoquer son parcours remarquable au ministère des Finances de la Somalie, ses efforts pour moderniser le système fiscal du pays et sa vision d’une Somalie financièrement indépendante. La Somalie ne collectant qu’environ 3 % du PIB en recettes, l’un des taux les plus bas du monde et bien en dessous des moyennes régionales, son travail n’en est que plus urgent. Le travail de Najibullah a d’ailleurs contribué à une hausse de 80 % des recettes intérieures. Il en parle, et de bien d’autres choses, dans cet entretien.

Stephanie : Vous travailliez déjà dans le domaine fiscal au ministère des Finances avant de candidater au cours. Qu’est-ce qui vous a poussé à chercher une formation complémentaire auprès de l’ICTD ?

Najibullah : La Somalie reste un pays fortement dépendant de l’aide, et je sentais que j’avais besoin de compétences de recherche plus solides pour comprendre nos écarts fiscaux, identifier les faiblesses des différentes sources de recettes et contribuer plus utilement aux politiques publiques.

Je voulais aussi comprendre pourquoi les citoyens somaliens ont historiquement résisté à l’impôt. La collecte a souvent été coercitive, et les services publics n’ont pas refleté ce que les gens paient. Pour répondre à ces réalités, j’avais besoin d’une vraie formation en recherche et en analyse de données.

J’ai alors été mis en contact avec Vanessa van den Boogaard, chargée de recherche à l’ICTD, qui m’a encouragé à candidater. Quand j’ai vu le contenu du cours, j’ai su que c’était exactement ce que je cherchais.

Stephanie : Quels ont été les principaux enseignements du cours ?

Najibullah : Le cours m’a donné les outils pour contribuer efficacement aux grandes discussions de politique publique, en renforçant mes compétences d’analyse de données quantitatives et qualitatives. Il a aussi consolidé mon état d’esprit de chercheur, accroissant ma valeur dans l’analyse des politiques et l’identification des écarts de conformité fiscale.

Par exemple, après le cours, j’ai joué un rôle clé dans l’élaboration de la feuille de route somalienne des recettes à moyen terme (2024-2027), stratégie nationale visant à accroître les recettes intérieures et à réduire la dépendance à l’aide étrangère.

Stephanie : Vous avez ensuite cosigné un article avec Vanessa. Comment cette collaboration a-t-elle commencé ?

Najibullah : Cela a commencé en 2020, lorsque Vanessa m’a interviewé pour un projet sur la fiscalité en Somalie. Après avoir lu certains de mes travaux antérieurs, elle a proposé que nous collaborions à une étude sur l’économie politique de la fiscalité et des conflits. Travailler sur cette recherche a renforcé mes compétences analytiques et approfondi mon engagement à étudier le système fiscal somalien. L’article a finalement été publié en janvier de cette année.

Stephanie : Quel impact cette publication a-t-elle eu sur votre carrière et votre travail au ministère des Finances ?

Najibullah : La publication m’a apporté une reconnaissance importante. Le ministère a commencé à m’associer à de grands programmes de recherche et d’analyse, dont une étude sur les implications économiques du recul de l’aide étrangère, question urgente alors que de nombreux bailleurs ont annoncé des coupes, où j’ai été chargé de diriger le volet d’analyse budgétaire.

Des universités ont aussi commencé à me solliciter pour encadrer des étudiants travaillant sur la fiscalité. Mais le résultat le plus significatif a été la reconnaissance croissante, au ministère, de l’élaboration de politiques fondées sur les données probantes.

Najibullah Nor Isak (premier à droite) aux côtés du vice-ministre et de deux directeurs généraux du ministère des Finances de la Somalie, représentant l'équipe de politique fiscale et recevant en son nom un prix de reconnaissance.
Najibullah Nor Isak (premier à droite) aux côtés du vice-ministre et de deux directeurs généraux du ministère des Finances de la Somalie, représentant l’équipe de politique fiscale et recevant en son nom un prix de reconnaissance.

Stephanie : La recherche a-t-elle toujours joué un rôle important dans l’élaboration des politiques au ministère ?

Najibullah : Pas du tout. Historiquement, la recherche n’était pas une priorité. Mais à mesure que la mobilisation des recettes devient plus urgente, surtout avec le recul de l’aide, le ministère reconnaît de plus en plus qu’élargir l’assiette fiscale ou ajuster les taux exige une analyse rigoureuse.

Ce changement explique en partie pourquoi, après être devenu directeur du département des Douanes il y a quatre mois, j’ai créé une unité de recherche et d’analyse au sein des Douanes. Son objectif est d’utiliser les données pour identifier les écarts de conformité, les risques de fraude fiscale et les possibilités d’accroître les recettes. La création de cette unité est l’une des réussites dont je suis le plus fier.

Le cours a certainement été un moteur : il a mis en lumière l’importance de la recherche et m’a motivé à bâtir cette unité.

Stephanie : Y a-t-il une réforme fiscale à laquelle vous êtes particulièrement fier d’avoir contribué ?

Najibullah : Oui, le programme global de réforme de l’impôt sur le revenu. Jusqu’à récemment, la Somalie appliquait une loi de 1966 sur l’impôt sur les sociétés qui ne reflétait plus la manière dont les gens gagnent leur revenu aujourd’hui. Par exemple, une personne située hors de Somalie pouvait percevoir des revenus de source somalienne sans être imposée parce qu’elle n’était pas physiquement présente dans le pays.

Nous sommes passés d’un système fondé sur la résidence à un système fondé sur la source, nous avons modernisé les tranches d’imposition, limité les déductions excessives et aligné la loi sur les normes mondiales. La nouvelle loi sur l’impôt sur le revenu a été adoptée en début d’année, et le ministère en a déjà lancé la mise en œuvre. Nous imposons désormais des activités qui ne l’étaient pas auparavant. C’est une étape majeure vers le renforcement de l’assiette des recettes de la Somalie.

Stephanie : Pour l’avenir, quelle est votre aspiration et votre vision pour votre carrière et pour la Somalie ?

Najibullah : J’espère être un jour en position non seulement d’éclairer la réforme fiscale, mais aussi de la mettre en œuvre. Au fil des années, j’ai progressé professionnellement de jeune agent des impôts à économiste, puis chef de la division de politique fiscale, puis conseiller fiscal du ministre, et aujourd’hui directeur des Douanes. Tout au long, mes efforts ont visé un seul objectif : bâtir pour mon pays un système de finances publiques solide qui lui permette de s’affranchir de l’aide étrangère.

Je crois que la recherche est l’outil le plus important pour y parvenir, car elle fournit l’analyse préalable nécessaire avant toute initiative et sert ensuite d’outil d’évaluation.

Stephanie : Avez-vous un conseil pour ceux qui rencontrent des obstacles à la mise en œuvre de la recherche dans leur administration ?

Najibullah : Mon conseil est simple : ne vous contentez pas de dire à vos responsables que la recherche est importante. Faites le travail et montrez-leur comment il peut les aider à prendre une décision administrative ou politique qui améliore l’administration fiscale. Présentez votre travail avec des repères, en vous appuyant sur des exemples réussis d’autres pays. Présentez l’analyse et ses conclusions ; démontrer les bénéfices tangibles est la seule manière d’influencer vos responsables et de prouver l’importance de la recherche.

Avertissement : les opinions exprimées dans cet article sont celles de son ou de ses auteurs et ne reflètent pas nécessairement les positions ou les politiques de l’ICTD ni celles de ses bailleurs de fonds.

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