J’ai rencontré pour la première fois les participants au cours Recherche sur la fiscalité et le développement de l’ICTD en septembre dernier à Accra, au Ghana. En tant que membre de l’équipe de communication de l’ICTD, j’avais été invitée à animer des sessions sur la communication de la recherche et les stratégies de diffusion dans le cadre du dernier module du cours. Je me souviens d’un groupe dynamique de professionnels de la fiscalité et des finances, venus pour la plupart de pays d’Afrique, désireux d’apprendre, de partager et, surtout, de nouer des liens durables.
De cette expérience est née ma curiosité pour ce que cette cohorte, et les nombreuses autres formées en plus de dix ans de cours Recherche sur la fiscalité et le développement, allaient accomplir dans leur carrière, et pour la manière dont nos chemins pourraient se recroiser. C’est ainsi qu’est née cette nouvelle série d’entretiens. Nous y présenterons non seulement des parcours d’anciens participants, mais aussi des échanges avec des collègues et partenaires du secteur, qui partageront leur regard personnel sur la recherche, la fiscalité, le développement et bien plus. Pour ouvrir la série, j’ai le plaisir de partager l’histoire de Seid Yimam.
Après avoir suivi le cours Recherche sur la fiscalité et le développement de l’ICTD en 2018-19, Seid Yimam a rejoint l’ICTD comme consultant. Ses recherches portent sur le genre et la fiscalité, l’imposition du secteur informel, l’administration fiscale et la conformité, en particulier en Éthiopie. Conscient du déficit de recherche et d’enseignement universitaire dans les pays en développement, il prévoit de développer des initiatives favorisant des politiques de finances publiques fondées sur des données probantes. Il termine actuellement son doctorat à l’Université du Sussex grâce à une bourse financée par l’ICTD. Seid revient sur son parcours avec l’ICTD et l’évolution de sa carrière, et donne des conseils à ceux qui souhaitent travailler dans la recherche et le développement.
Stephanie : Qu’est-ce qui vous a poussé à postuler au cours Recherche sur la fiscalité et le développement de l’ICTD ?
Seid : Je connaissais déjà le travail de l’ICTD, car j’avais assisté à un séminaire organisé par le Centre à Addis-Abeba, en Éthiopie. Quand j’ai vu l’appel à candidatures pour le cours, j’ai donc tout naturellement eu envie de postuler. J’ai ensuite eu la chance d’être accepté, et cette étape a changé le cours de ma carrière.
Stephanie : Pourquoi pensez-vous que le cours a changé votre carrière ?
Seid : Avant de rejoindre le programme de formation, je travaillais dans un domaine de recherche complètement différent, centré sur l’agriculture, le développement et la nutrition. Mais le cours m’a ouvert le monde de la fiscalité et du développement. Je peux lui attribuer le changement de ma perspective et de ma carrière de chercheur, puisque j’ai finalement décidé de me réorienter vers la fiscalité et le développement.
Stephanie : Qu’est-ce qui vous a alors particulièrement attiré dans le monde de la fiscalité ?
Seid : D’abord, j’ai pris conscience de l’importance des finances publiques et des politiques publiques pour le développement des pays à faible revenu. Mais aussi, de manière pragmatique, le domaine de l’agriculture et du développement est déjà saturé de professionnels, ce qui n’est pas le cas du monde de la fiscalité et des finances publiques, où la plupart des experts viennent de pays à revenu élevé et non de pays à faible revenu. La formation m’a donc permis d’identifier cette opportunité et de faire un choix de carrière réfléchi, avec l’objectif de contribuer par mes compétences au domaine fiscal.
Stephanie : Quelle est la chose que vous retenez le plus du cours ?
Seid : Comme j’étais déjà dans la recherche avant de rejoindre le programme, je connaissais déjà les méthodes de recherche et les stratégies de diffusion.
Mais ce dont je n’avais pas pris la mesure, c’est de l’importance des données issues de la recherche empirique, surtout pour des pays à faible revenu comme l’Éthiopie. Par exemple, lorsqu’un pays mobilise ses propres ressources pour financer des infrastructures sociales et de développement essentielles, les données empiriques peuvent façonner la relation entre l’État et les citoyens, ainsi que les réformes et les politiques en faveur de systèmes fiscaux plus équitables et plus justes.
Stephanie : Quelles sont, selon vous, les compétences acquises que vous appliquez le plus dans votre travail ?
Seid : J’utilise toutes les compétences et la littérature du programme dans mes activités de recherche quotidiennes. Même si je ne consulte pas le matériel en permanence, il m’a donné une base pour identifier les lacunes des politiques, les défis et les opportunités. Il m’a aussi permis de juger quand je dois me concentrer sur les aspects macro ou micro de la fiscalité dans mes recherches.
Au-delà de ces ressources, les personnes qui assuraient la formation étaient exceptionnelles à bien des égards. J’ai été impressionné par leur passion pour leur métier, leur énergie, leur humilité et leur engagement.
Stephanie : Avez-vous pu rester en contact avec des anciens participants, de votre cohorte ou des années suivantes ?
Seid : Oui, nous parlons souvent de recherches en cours ou nous nous retrouvons lors de conférences en présentiel ou d’événements virtuels, donc ce lien est toujours entretenu. Je pense qu’il est très important de s’appuyer sur ce vaste réseau de professionnels hautement qualifiés. J’ai aussi travaillé avec un ancien participant de ma cohorte sur différents projets de recherche, notamment sur la conformité du secteur informel et sur le genre et la conformité fiscale en Éthiopie, et nous avons pu publier ces études comme documents de travail de l’ICTD.
Stephanie : Maintenant que vous avez publié plusieurs articles, pouvez-vous nous parler de l’impact de vos recherches ?
Seid : En tant que chercheur, on peut fournir des analyses et des recommandations, mais on ne contrôle pas l’impact, qui dépend largement du destinataire, en l’occurrence les décideurs et les administrations fiscales. On peut toutefois suivre le nombre de consultations et de téléchargements d’un article, et les conversations qu’une recherche suscite.
Stephanie : Quel est votre projet pour les prochaines années, une fois votre doctorat achevé ?
Seid : Je veux travailler à l’intersection du monde universitaire et de la recherche. L’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, n’a aucun institut travaillant sur la fiscalité et les politiques publiques, et une seule université propose un cours au niveau master. Cela doit changer. Je pense que davantage d’universités devraient offrir des programmes centrés sur la fiscalité, car la fiscalité est au cœur de toutes les initiatives de développement. Je veux donc développer des initiatives en ce sens. En parallèle, du point de vue de la recherche, la plupart des administrations fiscales des pays à faible revenu accordent peu d’attention aux données probantes lors de l’élaboration des politiques, privilégiant la politique. Je veux travailler avec les administrations des recettes, en particulier celles ouvertes à cet engagement, pour développer leurs propres centres de recherche et de formation autonomes ou semi-autonomes, afin d’exploiter les données disponibles et les outils de recherche les plus avancés pour produire des données probantes capables de façonner l’élaboration des politiques.
Stephanie : Le cours vient d’ouvrir les candidatures pour son édition 2025/2026 ; des conseils pour ceux qui souhaitent postuler ?
Seid : Pour toute personne intéressée par une carrière dans le domaine de la fiscalité, ce cours est fait pour vous ! N’hésitez pas et postulez dès maintenant. Le cours est très complet et couvre des aspects de la fiscalité et du développement plus larges que tout ce que je connaissais. Les modules portent sur les théories, les méthodes empiriques et les compétences pratiques d’analyse de données qualitatives et quantitatives. Ne manquez pas cette occasion !