La semaine dernière, l’Institute of Development Studies (IDS) a organisé un événement consacré aux implications du conflit en Ukraine pour le développement mondial et l’économie, au cours duquel les chercheurs de l’ICTD Mick Moore et Giulia Mascagni sont intervenus sur les sanctions visant la fortune des oligarques russes, la menace que représente le système financier offshore et l’urgence, comme l’occasion, d’agir pour le réformer.
L’un des instruments aujourd’hui mobilisés pour contraindre le gouvernement russe à mettre fin à l’invasion de l’Ukraine est la mise sous sanctions des avoirs détenus à l’étranger par des centaines d’« oligarques », c’est-à-dire de Russes très fortunés et proches du Kremlin. Leurs avoirs offshore sont identifiés et gelés, voire peut-être expropriés. La richesse étant très inégalement répartie en Russie et largement détenue à l’étranger, le pays est en principe vulnérable à ce type de sanctions. Mais l’est-il en pratique ? Cette fortune offshore est logée à Londres et dans d’autres juridictions du secret depuis de nombreuses années, sans que les gouvernements britannique et autres se soient sérieusement efforcés de la questionner, ni même de l’identifier et de la suivre.
On ignore encore si une part importante de cette fortune offshore sera identifiée, si des sanctions sérieuses la frapperont et si celles-ci influenceront la politique du gouvernement russe. Mais même si ces sanctions ne produisent pas ici l’effet escompté, elles pourraient tout de même être une bonne nouvelle pour une grande partie du monde, en particulier pour de nombreux pays à faible revenu. Les élites russes ne sont pas les seules à expatrier d’importantes sommes d’argent issues de la corruption et à les dissimuler offshore. Beaucoup d’autres élites font de même, surtout lorsqu’elles mettent la main sur les fruits de l’extraction du pétrole, du gaz et des minéraux. Jusqu’ici, les gouvernements en mesure de couper court à ces trafics délétères s’en sont peu souciés. Les arguments sur les effets corrosifs pour la gouvernance et la démocratie au Nigeria, par exemple, et de plus en plus au Royaume-Uni lui-même, n’ont guère porté. Mais maintenant que cette fortune offshore dissimulée est perçue, assez justement, comme une menace pour la sécurité nationale d’un grand nombre de démocraties relativement riches, peut-être verrons-nous des mesures plus énergiques. La tragédie infligée à l’Ukraine pourrait avoir, pour une grande partie du monde, cette maigre contrepartie.
Pour en savoir plus, regardez les interventions de Giulia et de Mick lors de la table ronde :
« Nous devons savoir d’où vient la fortune des oligarques russes. Si elle est légitime, elle doit être imposée comme il se doit ; si elle ne l’est pas, elle doit faire l’objet de poursuites. Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir, dans des pays comme le Royaume-Uni, de l’argent qui n’est pas légitime sans le questionner ni enquêter, ce qui est pourtant le cas jusqu’à présent. » – Giulia Mascagni
Liens vers les documents cités par Giulia dans son intervention :
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- Note du Tax Justice Network : 10 measures to expose sanctioned Russian oligarchs’ hidden assets
- Gabriel Zucman : “I’m a Bit Skeptical That Freezing the Assets of a Few Dozen Oligarchs Can Be Highly Effective”
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« L’argent illicite corrompt la vie politique dans des pays comme le Royaume-Uni. Et je le dis en toute connaissance de cause. La vie politique britannique a été gravement corrompue par tout cet argent qui transite par Londres. » – Mick Moore
Regardez ici la vidéo intégrale de l’événement :
Autres articles pertinents :
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- Alex Cobham dans The Guardian : UK’s vulnerability to corruption uncovered amid slow sanctions response
- Brooke Harrington dans le Washington Post :The secret world of offshore banking is proving it can stand up to kleptocrats
- Bill Browder dans Foreign Policy : Can London Cleanse Itself of Dirty Russian Money?
- Margaret Hodge, députée, dans The House : We must go further to root out dirty money in the UK for good
- Tom Keatinge dans The New Statesman : “No one in government cared until the war”: how the UK left it too late to fight financial crime
- Oliver Bullough dans The Times : Crushing the Russian oligarchs? We’ve tried that before
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