La pandémie de Covid-19 a eu des conséquences budgétaires considérables partout dans le monde. Une question centrale pour les gouvernements est de savoir si et comment la pandémie a façonné les attitudes des contribuables, et ce que cela implique pour les perspectives de réforme fiscale et de mobilisation de nouvelles recettes au sortir de la crise. Nous cherchons à comprendre les effets de la pandémie sur les attitudes à l’égard de l’impôt et, par là, à mettre au jour ce que la crise révèle plus largement des dynamiques et de la politique de la fiscalité. Nous le faisons dans le contexte de la Sierra Leone, à partir de données d’enquête inédites, collectées avant la pandémie, peu après son déclenchement, puis pendant près d’un an.
Quatre résultats principaux se dégagent. Premièrement, immédiatement après le début de la crise, nous observons un soutien accru à l’impôt à Freetown, malgré l’aggravation des difficultés économiques. Deuxièmement, les contribuables expriment toutefois des attitudes de plus en plus conditionnelles : alors même qu’ils manifestent un soutien général plus fort à l’impôt, ils sont plus enclins à estimer que l’on pourrait refuser de payer si le gouvernement ne fournit pas de services en retour. Troisièmement, bien que nous manquions de données de référence antérieures à la pandémie sur le soutien à la progressivité de l’impôt, nous constatons un soutien croissant et durable à celle-ci au fil de la pandémie. Enfin, si nous observons une hausse initiale de la disposition à payer davantage d’impôts en échange de services juste après le début de la pandémie, ce soutien s’érode avec le temps, reflétant peut-être à la fois la persistance des difficultés économiques, l’affaiblissement du sentiment de solidarité sociale et une certaine déception à l’égard de la fiscalité publique. Ces résultats ont des implications potentiellement importantes pour comprendre à la fois les réponses immédiates à la pandémie et, plus largement, la politique de la fiscalité et de la réforme fiscale.