L’un des domaines cruciaux de l’action publique responsables des faibles performances de développement des Philippines est la politique et l’administration fiscales. En 2011, le ratio impôts/PIB était tombé à un maigre 12,3 pour cent, soit 4,6 points de pourcentage en dessous du niveau antérieur à 1997 et environ 7 points sous la moyenne régionale. L’absence de réforme fiscale tient à un ensemble de facteurs interdépendants. Premièrement, de longues périodes de stabilité politique et économique ont fait que les crises n’ont pas offert l’occasion de réformer qu’elles ont pu offrir, par exemple, en Amérique latine. Deuxièmement, le plus fort niveau d’inégalité de revenus d’Asie de l’Est a conduit à une captation de l’État par les élites, ce qui à son tour perpétue et accroît les écarts de revenus. Troisièmement, les Philippins manifestent une préférence marquée pour que l’État fournisse des biens privés plutôt que publics, version moderne et légale du clientélisme. Quatrièmement, les classes moyennes, sur lesquelles pèse l’essentiel de la charge fiscale, conscientes de l’incapacité de l’État à imposer les plus riches et de la qualité relativement médiocre des services publics, se détournent de ces services et pourvoient à titre privé à l’éducation, à la santé et même à la sécurité. Cinquièmement, la mise à l’écart des plus pauvres les maintient dans la résignation, sans qu’ils exercent de pression sur l’État pour qu’il réponde à leurs besoins.
Parmi les pistes de changement prometteuses figurent : a) un rôle plus actif du monde académique et des partenaires de développement dans l’analyse et la diffusion des causes des mauvaises performances de l’économie philippine ; b) un leadership plus affirmé des Églises pour encourager l’intégrité et des attitudes, comportements, institutions et politiques favorables aux pauvres ; et c) une coalition de toutes les parties prenantes intéressées en faveur d’un gouvernement plus développementaliste, intègre et favorable aux pauvres, réunissant fonctionnaires et responsables politiques engagés, organisations de la société civile, monde académique, médias, groupes confessionnels et représentants du secteur privé.