Cet article explore les réalités quotidiennes de la fiscalité dans les marchés de Kinshasa, qui jouent un rôle crucial dans la mobilisation de recettes et dans les moyens de subsistance de la population locale. Comprendre la fiscalité des marchés dans ce contexte est essentiel, compte tenu de la pluralité des institutions et des acteurs, étatiques et non étatiques, qui gouvernent ces marchés et y prélèvent des recettes.
L’étude s’appuie sur des données qualitatives recueillies dans huit marchés formels, informels et coutumiers de Kinshasa. La recherche documente l’expérience des commerçants, leur perception de l’impôt, et la façon dont ces perceptions façonnent leurs rapports avec l’État et leur disposition à payer, tout en rendant compte des variations d’expérience liées aux différences structurelles de gouvernance des marchés. Nous constatons que les commerçants sont soumis à de multiples strates de fiscalité formelle et informelle, et que les pratiques coercitives de recouvrement comme l’informalité de l’administration de l’impôt sont omniprésentes. Les commerçants jugent en conséquence très largement la fiscalité des marchés inéquitable, même si certains déclarent une plus grande disposition à acquitter les taxes informelles, parce qu’ils en voient des bénéfices tangibles. Les impôts formels sont perçus comme offrant peu de contreparties. Dans ce contexte, la résistance quotidienne à l’impôt est courante, mais compte tenu de la position vulnérable de la plupart des commerçants et du peu de canaux de redevabilité, l’article relève peu de cas de contestation plus large des systèmes fiscaux ou de revendication de réforme. L’étude constate aussi des différences nettes d’expérience du recouvrement entre marchés formels, informels et coutumiers, la fiscalité conduite par les autorités coutumières suscitant un plus grand sentiment d’équité et une conformité plus volontaire.
Ces résultats nourrissent la littérature plus large sur les institutions informelles et la fiscalité, en offrant une étude de cas de l’expérience quotidienne des commerçants comme des collecteurs, et en documentant les dynamiques microsociales qui façonnent le consentement à l’impôt, les perceptions d’équité et la résistance dans un contexte d’autorité fiscale et de gouvernance pluralisées.