Les barrages routiers, ou points de contrôle, sont des points de passage obligatoires érigés par des entités revendiquant l’autorité sur un franchissement donné. Ils constituent souvent l’interface quotidienne la plus courante entre civils et acteurs armés dans les contextes affectés par un conflit, mais sont négligés par les travaux sur le commerce comme sur l’autorité en situation de conflit. Cet article, qui introduit un numéro spécial sur le sujet, soutient que les barrages routiers constituent un point d’entrée empirique utile aux questions relatives à l’articulation pratique, politique et théorique de la circulation économique et de la contestation politique. Il propose le cadre de la « politique du passage », qui met l’accent sur les luttes entrelacées autour du mouvement et de l’autorité, nées de la rencontre entre une revendication du droit de passage et des revendications de pouvoir sur celui-ci. C’est par cette politique du passage que tout un ensemble de revendications sociales, politiques et économiques plus larges sont formulées et contestées. Dans ce cadre, les points de contrôle constituent un terrain privilégié et un outil heuristique utile pour comprendre la relation entre commerce, conflit et autorité dans les contextes où l’État est contesté. Les barrages routiers fonctionnent comme des nœuds critiques où des revendications par ailleurs implicites, portées par des acteurs étatiques et non étatiques, deviennent explicites dans la rencontre, ou la confrontation, entre les personnes, les capitaux et les marchandises en mouvement, et ceux qui revendiquent l’autorité sur eux. Comprendre la nature de ces revendications, et ce qui façonne les formes de revendication qui émergent selon les contextes, constitue un apport central de cet article.
Cet article fait partie d’un numéro spécial consacré à « The Politics of Passage: Checkpoints and Authority amidst Conflict » dans Development and Change, et issu de la série Roadblocks and Revenues copubliée par l’ICTD, le Danish Institute of International Studies et le Centre on Armed Groups.
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