Cet article examine la coopération dans la politique des barrages routiers. Il montre comment la fermeture de la frontière entre la Colombie et le Venezuela de 2015 à 2022, puis les tensions bilatérales qui ont suivi, ont créé une économie politique de la contrebande dans laquelle des agents de l’État ont délégué des fonctions étatiques élémentaires à des groupes criminels organisés afin de contenir les dissidents politiques et des acteurs non étatiques rivaux, de superviser les économies illégales et de maintenir le contrôle social. Les racines de cette économie politique se trouvent dans des situations de mobilité négociée qui se produisent aux points de contrôle installés sur les multiples pistes frontalières informelles, là où contrebandiers, groupes criminels organisés et agents de l’État interagissent. L’article prolonge des recherches antérieures sur les frontières et la gouvernance extralégale en Colombie, par des observations directes, des entretiens approfondis et des données secondaires. Il nourrit la littérature sur le lien entre crime et conflit, en améliorant notre compréhension des logiques qui sous-tendent les arrangements existant entre groupes criminels organisés et États aux frontières, et en élargissant le programme de recherche sur la gouvernance extralégale.
Cet article fait partie d’un numéro spécial consacré à « The Politics of Passage: Checkpoints and Authority amidst Conflict » dans Development and Change, et issu de la série Roadblocks and Revenues copubliée par l’ICTD, le Danish Institute of International Studies et le Centre on Armed Groups.
Tous les autres articles du numéro spécial sont disponibles ici.