Les postes de contrôle sont au cœur des dynamiques de conflit armé : ils financent les insurgés, alimentent la violence et façonnent la gouvernance des acteurs armés, étatiques comme non étatiques. C’est le cas en Afghanistan et au Yémen, du Mali à la Somalie et dans d’autres régions du monde.
Pourtant, postes de contrôle et barrages routiers sont souvent négligés dans les débats sur les moteurs des conflits et sur la manière de comprendre l’ordre dans les zones où l’État est contesté.
Pour combler cette lacune, le Centre international pour la fiscalité et le développement (ICTD), avec l’Institut danois d’études internationales (DIIS) et le Centre on Armed Groups (CAG), a lancé conjointement cette semaine une nouvelle série de documents de travail sur les barrages routiers et les recettes. La série vise à éclairer les postes de contrôle dans les contextes de conflit à travers le monde et à ouvrir une nouvelle fenêtre sur les dynamiques d’autorité et de pouvoir.
« Les taxes et redevances prélevées aux barrages routiers, que ce soit par des agents de l’État et leurs alliés ou par des groupes armés, sont familières aux populations des zones de conflit et d’État contesté. Les barrages ne sont pas seulement, pour certains groupes, une occasion de prélever des recettes : ils peuvent être un moyen d’exercer un contrôle et d’influencer le commerce, de façonner les relations avec les communautés locales, ou de s’engager dans une forme de construction de l’État », a déclaré Max Gallien, chargé de recherche à l’ICTD et co-auteur du premier article de la série.
« Étant donné qu’on les trouve dans le monde entier, les taxes aux barrages se prêtent à l’analyse comparative, pour les chercheurs qui établissent des liens entre leurs terrains, leurs méthodologies et leurs expériences. C’est ce à quoi cette série entend contribuer, et nous sommes donc ravis de la voir lancée cette semaine », a-t-il ajouté.
La politique du passage
Coécrit par Max Gallien, Vanessa van den Boogaard, Peer Schouten, Shalaka Thakur et Florian Weigand, le premier article de la série examine comment les postes de contrôle constituent une revendication d’autorité distincte, avec leur propre logique et leurs propres effets sur les dynamiques de conflit et la construction de l’ordre politique.
Les auteurs forgent la notion de politique du passage, qui désigne les luttes autour du mouvement et de l’autorité qui se jouent aux barrages routiers dans les contextes fragiles et touchés par les conflits.
Le nouvel article :
- propose une définition des barrages routiers ;
- explore l’historicité des luttes autour de la circulation en lien avec la formation de l’État ; et
- esquisse un nouvel agenda de recherche sur les barrages, avec des réflexions issues des recherches existantes et des pistes pour les travaux futurs.
La série repose sur un partenariat entre l’ICTD, le DIIS et le CAG et sur une série d’ateliers organisés à Copenhague (2023) et à Caux (2024), qui ont réuni une communauté internationale de chercheurs.
Publications de la série « Roadblocks and Revenue »
- The Border Business: A Political Economy Analysis of Checkpoint Taxation in Afghanistan, par Sarajuddin Isar
- Choking Points: Opium Flows, Roadblocks and Illicit Finance in Burma’s Shan State, par John Buchanan
- Border Control Paradox: The Political Economy of Smuggling Between Colombia and Venezuela, par Jorge Mantilla
- Dead-end Dictatorship: Roadblocks, Rural Livelihoods and Resilient Resistance in Post-coup Myanmar, par Gerard McCarthy et Kyle Nyana
- Isbaaro: Checkpoints and World-Making Beyond the State, par Abdirahman Edle, Jethro Norman et Peer Schouten
- Roadblocks at the Rhythm of the Country: A Political Sociology of Roadblocks in DR Congo, par Judith Verweijen, Kasper Hoffmann et Godefroid Muzalia
- Beyond the Rebel Territorial Trap: Governing Logistics and Armed Group Sovereignty, par Tony Neil et Saw Day Chit
- ‘Escaping Isn’t for Everyone’: Kurdish Smugglers’ Navigational Tactics at Checkpoints in Iran, par Peyman Zinati
- Checkpoints, Transnational Trade, and Conflict, par Peer Schouten
Les travaux de l’ICTD sur les conflits et l’informalité
L’étude des zones de conflit fait depuis longtemps partie des travaux de fond de l’ICTD sur l’informalité et la fiscalité, actuellement dirigés par Gallien et van den Boogaard. Ce domaine de recherche vise à cartographier l’ampleur, la composition et l’expérience des paiements « de type fiscal » qui échappent aux lois statutaires, et à comprendre leurs implications pour les moyens de subsistance, la décentralisation budgétaire, la prestation de services et la réforme plus large de la gouvernance locale.
Consultez les travaux antérieurs de l’ICTD sur les conflits et la fiscalité informelle ici.