Cet article examine les dynamiques de l’autorité aux points de contrôle en Somalie, en s’intéressant à la manière dont parenté, mobilité et pratiques de contrôle se croisent pour façonner les ordres politiques et sociaux. Mettant en question l’idée selon laquelle la gouvernance des points de contrôle serait soit l’expression d’un pouvoir de type étatique, soit le signe de l’absence de l’État, les auteurs soutiennent que les points de contrôle somaliens (isbaaro) doivent être compris au regard de la militarisation et de la commercialisation des institutions claniques. L’article s’appuie sur une cartographie participative et des entretiens semi-directifs avec plus de 80 usagers somaliens de la route pour soutenir que ces points servent de lieux de navigation sociale et de formation des identités, reflétant des luttes historiques et contemporaines plus larges autour de la mobilité et du commerce. Cette dynamique se comprend à travers le principe de schismogenèse, ce processus de division et de différenciation sociales par lequel les désaccords fiscaux poussent les groupes de parenté à se distancier les uns des autres, produisant de nouvelles formes politiques et de nouvelles identités, tout en enracinant une marginalisation politico-économique selon les lignes claniques. Les points de contrôle offrent ainsi un lieu d’observation de la gestation de certaines des dynamiques politiques les plus complexes et les plus fluctuantes des territoires somaliens, celles qui déconcertent depuis longtemps analystes, praticiens internationaux et décideurs, et aident à expliquer la difficulté persistante de la construction de l’État en Somalie.
Cet article fait partie d’un numéro spécial consacré à « The Politics of Passage: Checkpoints and Authority amidst Conflict » dans Development and Change, et issu de la série Roadblocks and Revenues copubliée par l’ICTD, le Danish Institute of International Studies et le Centre on Armed Groups.
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