Les occasions de se former à la fiscalité et au développement sont étonnamment rares, au regard de l’attention croissante que la fiscalité suscite à l’international. Plusieurs nouveaux bailleurs entrent sur ce terrain, alors que beaucoup de responsables y ont encore peu d’expérience. La demande d’éléments probants sur ce qui améliore la fiscalité en Afrique augmentant, le besoin de professionnels et de chercheurs qualifiés s’accroît.
L’ICTD a lancé un programme de renforcement des capacités en 2015. Pour nous assurer de bâtir sur des partenariats plutôt que de dupliquer les efforts, nous travaillons depuis le début avec l’African Tax Administration Forum (ATAF). L’ICTD a joué un rôle clé dans la création de l’African Tax Researchers’ Network (ATRN) de l’ATAF. Cinq chercheurs de l’ICTD siègent à son comité scientifique, et toutes les activités de renforcement des capacités de l’ICTD sont menées en partenariat avec l’ATAF et l’ATRN.
Le cours phare sur fiscalité et développement
Notre formation phare est le cours court « Tax and Development », tenu pour la première fois à Brighton (Royaume-Uni) en janvier 2015, puis une seconde fois à Addis-Abeba (Éthiopie) en février 2016. Le cours s’adresse aux non-spécialistes qui souhaitent une vue d’ensemble des grands enjeux fiscaux. Les participants viennent d’horizons variés : agences d’aide et administrations, société civile, administrations fiscales, organismes de recherche et médias.
Les participants du cours court « Tax and Development » (2015)
Les séances vont de la fiscalité internationale au financement infranational, et du civisme fiscal au rôle de l’impôt dans le processus de développement au sens large. Ces sessions ont eu un effet marqué : des responsables de haut niveau ont mis en œuvre dans leur propre organisation certaines des idées développées pendant le cours Selon les mots de nos participants :
“Écrire sur les questions fiscales n’est généralement pas chose facile et, sans connaissances solides, on peut commettre des erreurs factuelles. Après la formation de l’ICTD, ma maîtrise du sujet s’est nettement améliorée et j’ai écrit plusieurs articles, de la fiscalité au commerce et aux ressources naturelles. Ils ont été publiés dans différents journaux ougandais. J’ai aussi obtenu récemment un poste de grand reporter à East African Business Week, un grand journal est-africain, où je dispose d’une tribune encore plus large pour traiter des questions fiscales, en particulier à destination de la région est-africaine.” Joseph Olanyo – journaliste ougandais. (participant et boursier du cours court 2015)
“Cette formation m’a beaucoup aidée, à bien des égards. À mon retour, j’ai obtenu la création d’une unité des transactions internationales au sein de la SRA. De plus, ma compréhension renouvelée de la dimension de contrat social de l’impôt m’a permis, à moi comme à mes collègues, de mieux dialoguer avec nos responsables politiques et de solliciter leur coopération dans la collecte. Lorsque ceux-ci nous ont mis en difficulté, les enseignements du cours m’ont été précieux : rester calme, répondre de manière professionnelle aux questions soulevées, et faire au passage œuvre de pédagogie fiscale.” Nompumelelo Dlamini – commissaire aux impôts intérieurs, Swaziland Revenue Authority. (participante du cours court 2015)
L’enthousiasme des boursiers pour le soutien de l’ICTD
Pour faciliter la participation de chercheurs africains indépendants et d’autres professionnels à l’accès limité aux financements, nous avons accordé un nombre restreint de bourses à chaque édition. Ces bourses ont eu un tel succès que nous avons reçu jusqu’à 30 candidatures par place. La demande a été très forte.
“Je suis reparti d’Addis-Abeba avec des éclairages concrets sur les questions fiscales, que je n’avais pas auparavant. J’ai particulièrement apprécié les modules sur la fiscalité internationale, la fiscalité des industries extractives et l’impôt foncier. La mise en perspective de l’impôt dans son contexte d’économie politique a été très éclairante elle aussi. Pour la suite, à court terme, j’aimerais mener des recherches sur la fiscalité du secteur informel, et je solliciterai l’ICTD pour m’y guider.” Alex Njeru, directeur de programme à l’Eastern Africa Policy Centre. (participant et boursier du cours court 2016)
Renforcer la capacité de recherche en Afrique
Une autre formation de l’ICTD, l’atelier « Research Methods and Dissemination », s’adressait spécifiquement aux chercheurs travaillant déjà sur la fiscalité mais souhaitant affiner leurs méthodes.

Les participants de l’atelier « Research Methods and Dissemination »
Ce cours a attiré des chercheurs en début et en milieu de carrière, venus de 15 pays africains, pour une formation destinée à renforcer leur capacité de recherche et à leur permettre de publier et de communiquer leurs principaux résultats à des publics plus larges. La formation a été un vrai succès, de l’aveu des participants :
« J’ai vraiment beaucoup appris de cet atelier et je vais travailler dur pour en intégrer les apports.” Haleokoe Jopo – Lesotho Revenue Authority
“Je salue vraiment les efforts de l’ATAF et de l’ICTD pour rendre cet atelier très intéressant et mémorable. L’expérience a été formidable.” John Ashilere – Federal Inland Revenue Service du Nigeria
“Il est vrai qu’après la formation reçue à Addis, nos recherches seront bien meilleures qu’avant.” Cynthia Mutasah – Zimbabwe Revenue Authority
Un engagement constant pour un renforcement des capacités « de terrain »
Ces formations s’ajoutent à l’engagement déjà ancien de l’ICTD en faveur d’un renforcement des capacités « de terrain », par des projets de recherche conjoints. En encourageant les collaborations entre chercheurs africains et internationaux, l’ICTD a suscité beaucoup d’apprentissage mutuel ces cinq dernières années.
Plusieurs chercheurs africains ont accédé à des occasions internationales de formation et de publication, grâce à ce type de collaboration. Beaucoup ont nettement gagné en visibilité après avoir travaillé sur des projets de l’ICTD.
L’un d’eux, Samuel Jibao, a créé son propre centre de recherche, le Centre for Economic Research and Capacity Building (CERCB), en Sierra Leone, tandis qu’un autre, Michel Jorratt, a été nommé directeur du service des impôts chilien en 2014.