Contribuer à renforcer les capacités de recherche en Afrique a toujours été un objectif central de l’ICTD. Nous y avons œuvré par plusieurs canaux, dont notre coopération avec l’African Tax Administration Forum (ATAF) et l’accompagnement de l’African Tax Research Network. Une série de projets de recherche menés avec Samuel Jibao a conduit à la création du Centre for Economic Research and Capacity Building, en Sierra Leone.
Le Centre for Economic Research and Capacity Building (CERCB) a été créé à Freetown, en Sierra Leone, en 2012. Il est né d’une série de projets de recherche de l’ICTD, comportant chacun d’importantes enquêtes de terrain, et d’un travail conjoint entre Samuel Jibao – alors directeur de la recherche à la Sierra Leone Revenue Authority – et Wilson Prichard, directeur de la recherche de l’ICTD.
Le partenariat a débuté par une première collaboration, brève, entre Wilson Prichard et Samuel Jibao, antérieure à la création de l’ICTD. La création de l’ICTD leur a ensuite permis d’approfondir et d’élargir cette collaboration, et a contribué à poser les bases de la création du CERCB. Leur premier projet financé par l’ICTD a consisté en une étude à méthodes mixtes sur l’économie politique de la réforme de l’impôt foncier, appuyée par un groupe de chercheurs locaux recrutés par Samuel Jibao. Le projet a été largement couvert par la presse sierra-léonaise et reconnu par les pouvoirs publics.
Le succès de ce premier projet a conduit l’ICTD à s’engager dans un second projet, bien plus important, avec Samuel Jibao. Cet engagement a apporté un appui analytique, un réseau plus large et une garantie financière qui lui ont permis de fonder officiellement le CERCB. Le premier projet mené par le CERCB en partenariat avec l’ICTD portait sur une enquête à grande échelle sur les recettes des collectivités locales. L’équipe constituée pour mener les enquêtes de terrain de ce premier projet a pris une avance technologique notable en matière de collecte de données, tout en établissant le CERCB comme une référence locale sur les recettes locales. À l’aide de tablettes bon marché et des réseaux de téléphonie mobile, elle a mis en place un système de saisie directe des données de terrain sur tablette et de transmission au ‘siège’ en quasi temps réel. Les chercheurs principaux pouvaient ainsi suivre de près le travail des enquêteurs, vérifier immédiatement la qualité des données et faire clarifier sans délai les réponses posant problème.
Des chercheurs du CERCB et de l’ICTD posent dans les bureaux du CERCB.
Ce premier projet a été suivi de deux autres partenariats de recherche entre l’ICTD et le CERCB, qui ont apporté au centre naissant un appui à la fois analytique et financier. Le premier portait, en méthodes mixtes, sur les pratiques fiscales informelles dans les douanes et aux postes frontières avec le Liberia et la Guinée. Le second était une nouvelle enquête de grande ampleur, sur la charge totale des impôts formels et informels dans l’est du pays, la région la plus touchée par la guerre civile.
Malgré le coup d’arrêt sévère provoqué par l’épidémie d’Ebola, cette avance technologique, jointe à un bon taux d’achèvement des projets et de publication des résultats, a permis au CERCB, sous la direction de Samuel Jibao, de continuer à développer ses activités de recherche comme de renforcement des capacités, en travaillant de plus en plus avec des partenaires au-delà de l’ICTD. Le CERCB compte aujourd’hui 7 salariés à temps plein ou presque dans ses bureaux du 81 Pademba Road, à Freetown. Quatre d’entre eux sont docteurs ou doctorants. L’organisation peut en outre mobiliser un vivier d’enquêteurs formés pour des projets particuliers.

Vanessa van den Boogaard, de l’ICTD, et une collaboratrice du CERCB posent devant les bureaux du CERCB.
Le CERCB a travaillé étroitement avec des gouvernements, des organisations internationales et des organismes de recherche sur les politiques publiques, sur des questions de politique budgétaire et des évaluations de projets. Outre l’ICTD, on compte parmi eux Christian Aid, l’African Tax Institute, la Banque mondiale, l’université de Pretoria, l’International Growth Centre et le Budget Advocacy Network de Sierra Leone. Le CERCB est aussi devenu un pôle de renforcement des capacités à part entière : sa croissance rapide lui permet d’offrir un espace de développement à d’autres chercheurs. Au-delà de ses propres travaux, il a mis en place des dispositifs de transfert de connaissances, destinés en particulier aux jeunes chercheurs africains souhaitant développer leurs compétences. Le centre a ouvert ses portes aux doctorants : quatre d’entre eux, dont un venu d’Italie, y sont aujourd’hui accueillis et bénéficient de la vaste expérience de ses chercheurs.
L’ICTD a été étroitement associé à la création du CERCB, notamment en apportant certaines garanties de financement et en offrant à ses équipes l’occasion d’échanger avec d’autres chercheurs spécialistes de la fiscalité et du développement en Afrique. Si le CERCB et l’ICTD continueront à travailler ensemble, le CERCB a aussi un avenir en dehors de cette relation. Son directeur, Samuel Jibao, dit rêver de continuer à se développer et de mener une recherche appliquée qui contribue fortement à notre compréhension pratique des politiques publiques dans les contextes de conflit et de sortie de conflit en Afrique.