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Des prix élevés des énergies fossiles sont une bonne chose pour la planète – voici comment les maintenir sans provoquer d’émeutes ni pénaliser les plus pauvres

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Des prix élevés des énergies fossiles sont une bonne chose pour la planète – voici comment les maintenir sans provoquer d’émeutes ni pénaliser les plus pauvres

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Image : émeutes en Haïti en 2019, provoquées par une pénurie de carburant. Jean Marc Herve Abelard / EPA

Au Royaume-Uni, il faut désormais plus de 100 livres pour faire le plein d’essence d’une voiture familiale ordinaire, et les prix du pétrole pourraient encore augmenter. Mais des prix aussi élevés pour les énergies fossiles sont-ils une mauvaise chose ? Alors que l’attention se porte sur les mesures destinées à répondre à la crise mondiale du coût de la vie, on s’est bien moins intéressé à une vérité très dérangeante : résoudre la crise climatique suppose que les prix des énergies fossiles payés par les consommateurs restent élevés pour toujours.

Dire cela peut paraître indifférent à la détresse ambiante. Des millions de ménages des pays riches doivent choisir entre se chauffer et se nourrir. Dans les pays plus pauvres, la situation est infiniment pire. La hausse des prix du gaz a fait bondir le coût des engrais, tandis que la guerre en Ukraine entrave les exportations de blé du pays.

Ensemble, ces facteurs provoquent une flambée mondiale des prix alimentaires, alimentent l’inflation et aggravent une situation alimentaire déjà dramatique dans des pays comme le Yémen, la Corne de l’Afrique et Madagascar. On observe déjà des émeutes de la faim généralisées, comme entre 2008 et 2011, lorsque des citoyens du monde entier protestaient contre l’incapacité de leur État à garantir leur droit le plus élémentaire : celui de manger.

Pour atténuer l’effet de prix élevés, les politiques énergétiques ont fait volte-face un peu partout dans le monde. En novembre 2021, à la COP26 de Glasgow, les gouvernements s’étaient engagés à taxer le carbone et à supprimer les subventions aux énergies fossiles. Mais, face à la forte hausse du coût des carburants et de l’électricité, ces mêmes gouvernements se sont empressés de réduire les taxes sur l’énergie, d’instaurer des plafonds de prix et de créer de nouvelles subventions.

Pourtant, limiter le réchauffement à moins de 1,5 °C exigera une réduction drastique de l’usage des énergies fossiles, dès maintenant. La réalité, fâcheuse, est que l’un des moyens les plus efficaces d’amener les gens à consommer moins d’énergies fossiles est de faire en sorte qu’elles coûtent cher.

Bien sûr, la meilleure façon de sortir des énergies fossiles est de disposer de solutions de remplacement meilleures et, de préférence, moins chères. Mais l’investissement dans ces alternatives renouvelables ne se fera que si les consommateurs s’y tournent clairement, ce qui suppose que les prix des énergies fossiles à la consommation restent élevés.

Le carburant des émeutes

Des prix élevés des énergies fossiles sont, de fait, généralement impopulaires et peuvent même provoquer des émeutes. Entre 2005 et 2018, 41 pays ont connu au moins une émeute directement liée à une revendication populaire sur les carburants. Pour la seule année 2019, d’importantes manifestations liées à l’énergie ont eu lieu au Soudan, en France, au Zimbabwe, en Haïti, au Liban, en Équateur, en Irak, au Chili et en Iran, dont beaucoup ont tourné à l’émeute.

Des collègues et moi-même avons récemment publié des travaux montrant que ces émeutes sont provoquées par des flambées de prix, souvent après la suppression de subventions aux carburants. Ces flambées ont déclenché des émeutes lorsque les citoyens estimaient n’avoir aucun autre moyen d’exprimer leur colère contre les politiques et les décisions publiques (ou lorsque l’État tentait de les en empêcher par la force).

Prix élevés, citoyens satisfaits

Peut-on maintenir des prix élevés des énergies fossiles sans déclencher d’émeutes ? La clé consiste à maintenir des prix élevés à la consommation en augmentant les taxes sur les carburants lorsque les cours internationaux du pétrole et du gaz finiront par baisser. Pour que ce soit politiquement acceptable, deux conditions doivent être réunies.

Premièrement, les consommateurs n’accepteront pas des prix élevés si ceux-ci signifient des profits élevés pour les compagnies d’énergies fossiles. Le maintien de prix élevés à la consommation doit s’accompagner d’une refonte radicale de la fiscalité applicable à ces entreprises, et pas seulement de taxes exceptionnelles ponctuelles sur les superprofits. De telles taxes maintiendraient des prix élevés à la consommation sans que les compagnies pétrolières et gazières perçoivent grand-chose : de quoi couvrir des coûts raisonnables, mais pas de quoi investir dans de nouvelles productions fossiles. Comme l’a souligné l’Agence internationale de l’énergie, pour atteindre la neutralité carbone en 2050, le montant des investissements nécessaires dans de nouvelles productions de pétrole et de gaz est nul.

Deuxièmement, les consommateurs accepteront bien plus volontiers des prix élevés si la taxe supplémentaire qu’ils acquittent leur est restituée sous la forme d’un dividende carbone égal pour tous. L’Alaska a fait quelque chose d’approchant, en plaçant une part de ses recettes pétrolières dans un « fonds permanent » dont il redistribue chaque année le produit par chèque à chaque ménage (l’approche peut toutefois mal tourner : en Alaska, les responsables politiques ont fini par réduire les services publics pour maintenir les versements du fonds).

Recevoir un versement annuel égal aux taxes instaurées pour maintenir des prix élevés amortirait le choc de ces prix. Le dispositif serait aussi progressif, puisque les plus gros consommateurs d’énergies fossiles paieraient davantage de taxes, tandis que les plus faibles consommateurs paieraient moins tout en recevant le même versement, et seraient donc gagnants. Il faudrait sans doute prévoir une compensation supplémentaire pour les ménages modestes fortement consommateurs, comme les personnes à faibles revenus contraintes d’utiliser leur voiture pour travailler.

L’envolée des coûts de l’énergie est un désastre pour les consommateurs pauvres du monde entier. Mais, paradoxalement, elle offre aussi l’occasion de sortir le monde de sa dépendance aux énergies fossiles. Si nous saisissons cette chance pour rendre leurs prix durablement élevés, nous pouvons accélérer la transition vers une énergie plus propre d’une manière équitable pour tous, et éviter des crises plus profondes dans les années à venir.

Cet article est republié depuis The Conversation sous licence Creative Commons. Lisez l’article original.

Avertissement : les opinions exprimées dans cet article sont celles de son ou de ses auteurs et ne reflètent pas nécessairement les positions ou les politiques de l’ICTD ni celles de ses bailleurs de fonds.

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