Atteindre les objectifs de développement durable de réduction de la pauvreté et des inégalités par la redistribution est devenu une préoccupation majeure dans de nombreux pays à revenu faible et intermédiaire, dont le Nigéria. Bien que la redistribution résulte de l’effet des recettes fiscales collectées, les analyses empiriques microéconomiques, au niveau des ménages, de l’effet distributif des réformes de l’impôt sur le revenu des personnes physiques et de la taxe sur la valeur ajoutée au Nigéria ont été très rares.
Cette étude évalue pour la première fois de manière quantitative les effets d’équité et de redistribution de ces deux impôts selon différents scénarios de réforme au Nigéria. Les données utilisées proviennent principalement de la plus récente enquête nationale représentative sur les conditions de vie au Nigéria, conduite en 2018-2019. L’indice de Kakwani a servi à calculer et à comparer la progressivité des réformes. Un modèle de microsimulation statique simple a été employé pour évaluer leur effet redistributif dans le pays. Une fois l’informalité prise en compte, l’impôt sur le revenu des personnes physiques s’est révélé progressif dans le régime antérieur à 2011, mais régressif dans celui postérieur à 2011. Il est également apparu que l’abattement forfaitaire nouvellement introduit dans le régime postérieur à 2011 bénéficie davantage aux contribuables à revenu élevé qu’à ceux à faible revenu, confirmant le caractère régressif du régime actuel.
L’étude montre toutefois, par des simulations contrefactuelles, qu’exclure les contribuables aux revenus relativement élevés du bénéfice de la part variable de cet abattement rend l’impôt progressif dans le régime postérieur à 2011. La TVA s’est révélée régressive tant dans le régime antérieur à 2020 que dans le régime actuel. Par ailleurs, une fois l’informalité prise en compte, l’impôt sur le revenu réduisait marginalement les inégalités mais accroissait la pauvreté dans le régime antérieur à 2011. Le régime postérieur à 2011 a réduit les inégalités et accru la pauvreté, mais dans une moindre proportion, confirmant une redistribution limitée résultant principalement de la concentration de l’abattement forfaitaire au sommet de la distribution. Si la part variable de cet abattement était toutefois réservée aux « seuls » contribuables à faible revenu situés sous un seuil prédéfini, le régime postérieur à 2011 deviendrait largement redistributif.
La TVA s’est révélée accroître marginalement les inégalités et la pauvreté dans le régime antérieur à 2020. Si le régime actuel de TVA a légèrement accru les inégalités, il a considérablement accru la pauvreté dans le pays. Il est donc suggéré qu’une meilleure réforme fiscale, assortie d’un abattement bien encadré et de taux de TVA différenciés, contribuerait à renforcer la capacité d’équité et de redistribution du système fiscal nigérian.