Résumé
Les travaux se multiplient sur la manière d’encourager le civisme fiscal dans les contextes de faible capacité budgétaire, comme dans la plupart des pays en développement. Les canaux de communication de masse offrent une option peu coûteuse aux administrations fiscales contraintes par leur budget et souhaitant atteindre les contribuables. On sait pourtant très peu de choses de l’efficacité de ces outils. Cet article comble cette lacune en testant les effets de deux courtes vidéos sur des questions fiscales, l’une centrée sur la dissuasion et l’autre sur l’équité, intégrées à un dispositif expérimental d’enquête de terrain. À partir d’un jeu de données inédit combinant enquête et données administratives de contribuables rwandais, nous pouvons mesurer les effets sur les attitudes et sur les décisions de déclaration. Nous établissons deux résultats significatifs. D’abord, les deux vidéos améliorent effectivement les perceptions relatives à l’application de la loi et à l’équité. Ensuite, seule la vidéo sur la dissuasion se traduit par un impôt effectivement versé plus élevé, l’argument de l’équité ne parvenant pas à lever des recettes. Nous examinons les mécanismes de cette réponse et montrons que les croyances préalables des contribuables expliquent pourquoi de meilleures perceptions d’équité ne se traduisent pas par un meilleur civisme : ceux qui réagissent le plus sont ceux dont la motivation intrinsèque et le civisme étaient déjà les plus élevés. Les contribuables aux croyances préalables plus défavorables restent insensibles aux vidéos. Ces expériences sont très rentables et facilement généralisables. Ces résultats nous permettent de formuler des recommandations de politique publique quant au ciblage soigneux des messages en faveur du civisme fiscal.