La taxation des services financiers numériques progresse en Afrique. Le Ghana est l’un des derniers pays à l’avoir instaurée, dans le but de mobiliser des ressources financières pour le développement national et de réduire l’économie informelle. L’introduction de la taxe sur les transferts électroniques au Ghana a suscité plusieurs protestations et des inquiétudes dans la population et chez les opérateurs d’argent mobile, et l’on peut encore douter qu’elle mobilise des ressources suffisantes.
Cet article estime l’effet de cette taxe sur l’usage de l’argent mobile et sur les perceptions des usagers. Nous exploitons les données de la Chambre des télécommunications du Ghana sur l’usage de plusieurs services d’argent mobile (envoi, réception, paiement, retraits) à l’échelle nationale et ventilées par région, ainsi que des données d’enquête nationalement représentatives collectées par l’ICTD auprès de particuliers et d’entreprises. Notre analyse examine également l’effet de la taxe sur les recettes fiscales, à partir de données fournies par l’administration fiscale ghanéenne.
Les résultats révèlent que, malgré une baisse à court terme de l’usage de l’argent mobile, la taxe a eu un effet positif à long terme, en particulier pour les paiements aux commerçants formels. L’enquête représentative montre une méconnaissance des modalités de la taxe dans toutes les régions, signe d’un besoin de meilleure information. Notre analyse montre enfin que les recettes tirées de la taxe sont très inférieures aux prévisions initiales, ce qui interroge sa capacité à mobiliser des ressources financières pour le développement national.