La propagation de la pandémie et les réponses politiques qui lui ont été apportées diffèrent sensiblement entre pays à revenu élevé et pays à faible revenu. En nombre de cas, la pandémie a touché les pays à revenu élevé et intermédiaire bien plus sévèrement que les pays à faible revenu : les décès par million d’habitants sont généralement restés bien en dessous de 1 dans ce dernier groupe, contre une fourchette habituelle de 5 à 10, avec des pics au-delà, pour de nombreux pays à revenu élevé.
Malgré cela, la sévérité des réponses politiques dans les pays à faible revenu a souvent été comparable à celle des pays à revenu élevé. Ces mesures y ont toutefois été introduites bien plus tôt : lorsque le nombre médian de cas par million d’habitants était de 0,57, contre 97,3 dans les pays à revenu élevé.2 Cette réponse sévère est-elle appropriée, compte tenu des différences de propagation du virus ? D’un côté, les ménages de ces contextes n’ont pas les moyens élémentaires de faire face aux restrictions, et les gouvernements manquent généralement de la marge budgétaire nécessaire pour accompagner les confinements de mesures de soutien adéquates. De l’autre, les systèmes de santé des pays à faible revenu sont plus fragiles et peuvent donc être saturés plus facilement et plus rapidement. Dans ce contexte, les gouvernements pourraient devoir agir plus vigoureusement pour interrompre la transmission dès le départ, plutôt que de simplement la ralentir.
Ces restrictions ont toutefois un coût économique potentiellement élevé, parmi d’autres coûts sociaux et de bien-être. En 2020, le continent africain a de fait enregistré sa pire performance économique jamais mesurée, une contraction de 3 pour cent, et sa croissance devrait être plus lente que celle de l’économie mondiale en 2021. Si notre analyse ne peut répondre directement à la question de savoir si des confinements sévères sont appropriés dans les pays à faible revenu, nous contribuons à ce débat en quantifiant l’impact économique de la pandémie dans un tel contexte : le Rwanda. Produire des données propres au contexte est particulièrement important, car les résultats et recommandations disponibles pour les pays à revenu élevé peuvent ne pas s’appliquer aux contextes à revenu plus faible. Si la littérature sur les effets économiques des confinements s’étoffe rapidement, les éléments issus des pays à faible revenu restent limités par rapport aux pays à revenu élevé. Nos résultats contribuent à combler cet écart.