La notion de « formalisation » a été omniprésente dans le discours et l’action publique en matière de développement au début du XXIe siècle. Elle a sous-tendu des interventions et des propositions allant de l’immatriculation fiscale à la délivrance de titres de propriété, en passant par un ensemble de mesures destinées à relier les entités informelles aux institutions étatiques ou à des marchés formellement structurés.
Malgré l’enthousiasme des décideurs, les résultats des politiques de formalisation ont pourtant fréquemment déçu. Nous soutenons que ce décalage tient à la notion de formalisation elle-même, et que les approches courantes s’enracinent souvent dans trois erreurs conceptuelles : (a) il existerait une distinction binaire entre acteurs économiques formels et informels ; (b) tous les acteurs informels se ressembleraient ; et (c) « devenir » formel produirait nécessairement un ensemble d’externalités positives.
Ces confusions conceptuelles prêtent une attention insuffisante à la complexité des contextes et aux dynamiques politiques et sociales qui façonnent l’informalité dans un cadre donné ; elles s’enracinent fréquemment dans les contraintes pratiques et les rapports de pouvoir qui structurent la production de connaissance dans ce domaine. Nous plaidons en conséquence pour un nouveau programme de recherche sur la formalisation, qui interroge à la fois ses fondements conceptuels conventionnels et les pratiques de recherche qui s’en saisissent.