Nombreux sont ceux qui estiment que l’argent mobile peut accroître l’inclusion financière et améliorer les conditions de vie des populations pauvres en Afrique. Or, alors que de nombreux gouvernements africains imposent des taxes spécifiques sur les transactions d’argent mobile, on sait très peu de choses de leur effet sur l’usage de ces services.
Cette étude évalue les effets à court et à long terme de la taxe sur les frais de transfert d’argent instaurée par le gouvernement kenyan en 2013. Cette taxe, plus précisément un droit d’accise, portait sur les frais prélevés sur toutes les transactions monétaires, y compris l’argent mobile. Fixée à 10 pour cent à son introduction, elle a été portée à 12 pour cent en 2018.
Notre analyse comporte deux volets. Nous utilisons des données nationales pour déterminer si la taxe a influé sur l’usage de l’argent mobile, en valeur et en volume de transactions, et sur le nombre d’agents actifs. Nous exploitons en outre quatre séries de données d’enquête nationalement représentatives pour estimer les évolutions de l’usage de l’argent mobile après l’introduction de la taxe.
Nous constatons que le droit d’accise n’a pas eu d’effet significatif sur les différents indicateurs agrégés relatifs à l’usage de l’argent mobile. Les données d’enquête montrent toutefois que la taxe a pu ralentir la progression de l’usage des services directement concernés par ces changements, comme l’envoi et la réception d’argent, par rapport à des services non concernés, comme l’épargne ou le paiement de factures. Fait notable, si les montants transférés ne changent pas nécessairement, les usagers envoient et reçoivent de l’argent au sein des ménages moins régulièrement. La taxe semble par ailleurs avoir un effet plus préjudiciable sur les ménages les plus pauvres, qui étaient moins susceptibles d’être financièrement inclus avant son introduction. Les ménages de grande taille présentent également des effets plus négatifs après la taxe.