Les groupes armés lèvent l’impôt. Les récits journalistiques adoptent souvent un ton de surprise devant ce fait, tandis que les rapports institutionnels tendent à sonner l’alarme, en soulignant le lien entre la fiscalité des groupes armés et la poursuite des conflits. Les décideurs s’attachent souvent à cibler les mécanismes de cette fiscalité dans leur stratégie face au conflit, ce que l’on décrit souvent comme « suivre l’argent ».
Nous soutenons qu’il faut au contraire une compréhension plus fine des réalités nuancées de la fiscalité des groupes armés, des motivations qui la sous-tendent et de ses implications pour la relation de ces groupes avec les populations civiles et diasporiques, ainsi qu’avec la communauté internationale au sens large. Cet article s’appuie sur deux littératures distinctes, sur les groupes armés et sur la fiscalité, pour proposer la première exploration systématique de ces motivations.
À partir d’un examen des pratiques diverses de levée de l’impôt par les groupes armés, nous soulignons qu’un compte rendu complet de leurs motivations doit dépasser la seule collecte de recettes et s’intéresser aux enjeux clés de légitimité, de contrôle des populations, de construction institutionnelle et de mise en scène de l’autorité publique. Nous interrogeons les approches courantes de la fiscalité des groupes armés et de la construction de l’État, et esquissons les questions clés d’un nouveau programme de recherche.
Cet article a également été publié dans la revue Studies in Conflict & Terrorism.