Les spécialistes de la fiscalité ont beaucoup à dire sur la façon dont les agents du fisc africains pourraient mieux travailler. Il semble pourtant qu’ils les interrogent rarement. Cet article rend compte de ce que nous croyons être la première enquête de ce genre. Un échantillon aléatoire de 83 agents travaillant sur les impôts intérieurs à l’administration fiscale du Malawi, réparti à parts égales entre catégories supérieure, d’encadrement et subalterne, a été invité à répondre à une série de questions écrites afin de recueillir leur point de vue sur la façon dont l’administration pourrait collecter davantage de recettes. Cette enquête était une expérimentation.
Deux des conclusions qui s’en dégagent concernent les orientations de recherche futures. La première est qu’il vaut la peine de mener davantage de travaux de ce type, en complétant probablement les réponses à l’enquête par des discussions de groupe plus détaillées. La seconde est que les perceptions des agents du fisc, en particulier subalternes, peuvent compléter mais non remplacer des jugements plus experts. Bien compréhensiblement, nos répondants les plus jeunes ont généralement répondu aux questions sur la façon de lever davantage de recettes à partir de leurs fonctions et de leur expérience, souvent étroites et spécifiques. Ils ne sont pas les mieux placés pour repérer les problèmes ou les possibilités systémiques. Ainsi, alors que les cadres supérieurs ont identifié un potentiel de recettes supplémentaires auprès des personnes très fortunées, les agents d’encadrement et subalternes en voyaient davantage dans le « secteur informel ». Ces derniers étaient aussi plus préoccupés par le dépôt tardif des déclarations.
La conclusion la plus pertinente pour l’action publique concerne les moyens de taxer plus efficacement le secteur informel. Nos répondants ont pointé une série d’activités lucratives, comme l’organisation d’événements et la restauration, la vente de voitures d’occasion, la location de voitures particulières, le change et le prêt d’argent, qui échappent à l’impôt parce qu’elles ne sont pas exercées depuis des locaux commerciaux identifiables. Elles pourraient pourtant être facilement retrouvées et taxées, car elles ont une présence importante sur les réseaux sociaux.
Nous avons enfin été laissés avec une suggestion intrigante de l’un de nos répondants les plus haut placés, qui mérite des recherches supplémentaires. Il est possible que les gouvernements africains lèvent moins de recettes qu’ils ne pourraient parce que la relation entre les ministères des Finances et les administrations fiscales est marquée par la tension et la défiance. Les administrations fiscales négocient des objectifs annuels de collecte aisément atteignables. Une fois atteints, ceux-ci déclenchent le versement de primes importantes aux agents, qui n’ont alors plus guère d’incitation à collecter davantage.