L’argent mobile a transformé le système financier de nombreux pays africains, où il est vu comme une alternative pratique aux services financiers classiques. C’est une force dominante des marchés émergents, et une grande part des progrès accomplis en matière d’inclusion financière en Afrique subsaharienne est liée à son essor. L’argent mobile est utilisé par les secteurs formel comme informel. Il offre aux gouvernements l’occasion d’élargir l’assiette fiscale et d’atteindre des parts de la population jusque-là hors de portée.
En juillet 2021, pendant la pandémie de Covid-19, le gouvernement tanzanien a instauré une nouvelle taxe sur les transactions électroniques d’argent mobile. Fixée initialement entre 10 et 10 000 shillings tanzaniens, elle a renchéri les transferts et les retraits d’argent mobile. Elle s’ajoutait à la taxe sur la valeur ajoutée de 18 pour cent et au droit d’accise de 10 pour cent existants, et fut présentée comme une « taxe patriotique » destinée à financer des projets de développement. Elle a été suivie d’un tollé public et d’inquiétudes quant à un recul de l’inclusion financière.
Cet article s’intéresse aux micro et petites entreprises membres de coopératives d’épargne et de crédit. Nous examinons leur connaissance et leur perception de cette taxe, ainsi que son effet sur le remboursement de leurs emprunts, depuis son introduction en juillet 2021, à travers les ajustements successifs, et jusqu’à sa suppression partielle en juillet 2023.
L’article s’appuie sur la combinaison d’une base de données inédite des remboursements d’emprunts de 1 571 micro et petites entreprises dans 11 coopératives, et de 601 entretiens téléphoniques structurés avec ces entreprises. Les résultats montrent que 1) le montant des remboursements a augmenté, mais que le nombre total de transactions a diminué ; 2) la taxe est mal connue, et ceux qui la connaissent le mieux en ont l’opinion la plus négative ; 3) la perception générale de l’argent mobile est positive, celle de la taxe est négative, du fait de facteurs tels que la connaissance qu’on en a, l’accès à l’information par téléphone intelligent et les connaissances propres au secteur.