La fiscalité informelle organisée par les autorités traditionnelles et les groupes communautaires joue depuis longtemps un rôle central dans le financement des biens et services publics locaux de nombreuses communautés nigérianes. Malgré son importance, peu de recherches ont étudié la manière dont elle est organisée, ni si et comment elle incarne une redevabilité.
Cette étude comble ces lacunes. Elle apporte un éclairage nouveau sur les mécanismes de redevabilité non statutaires. Elle explore le fonctionnement de la fiscalité informelle et la façon dont la redevabilité est comprise et pratiquée dans les systèmes administrés par des chefs traditionnels et des élites locales, dans deux zones de l’État de Kaduna, au Nigeria. Des différences importantes apparaissent, liées aux différences de structures de gouvernance traditionnelle et de religion. À Zaria, la fiscalité informelle s’inscrit dans le système de l’émirat et est influencée par les normes islamiques ; à Chikun, elle est administrée par des structures de chefferie, dans des communautés majoritairement chrétiennes.
Cette étude a comporté 103 entretiens avec des chefs traditionnels locaux, des élites et des représentants communautaires. Trois indicateurs clés, la transparence, l’obligation de rendre compte et la réactivité, servent à conceptualiser et à mesurer la redevabilité dans la fiscalité et la gouvernance informelles. L’étude explore comment les contextes de gouvernance locale et de religion façonnent les systèmes de redevabilité et la confiance du public envers la fiscalité informelle, dans des lieux où les structures de gouvernance formelles sont rares.