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La transformation fiscale numérique de l’Afrique : comment l’agenda du T20 façonnera les capacités budgétaires

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La transformation fiscale numérique de l'Afrique : comment l'agenda du T20 façonnera les capacités budgétaires

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Reconnaissant que la gouvernance mondiale bascule rapidement dans le domaine numérique, la Déclaration des dirigeants du G20 de 2025 s’engage en faveur d’une IA sûre et digne de confiance, de paiements numériques transfrontaliers renforcés et d’une gouvernance inclusive des données, des évolutions aux implications majeures pour la soutenabilité budgétaire de l’Afrique et ses infrastructures publiques numériques (IPN). Pour les pays africains confrontés à un rétrécissement de leur espace budgétaire et à la hausse du coût du service de la dette, cet agenda numérique n’est pas seulement technologique : il est budgétaire. Il détermine la manière dont les États identifient les contribuables, suivent les transactions, détectent la fraude et fournissent des services qui bâtissent la confiance et soutiennent la mobilisation des ressources intérieures.

Pour la première fois de son histoire, la présidence du G20 a été assurée sur le sol africain. Sous la bannière « Solidarité, égalité, durabilité », la présidence sud-africaine de 2025 a placé la transformation numérique, la résilience budgétaire et le développement inclusif au cœur de l’agenda mondial. Le Sommet du T20 à Johannesburg (13-14 novembre 2025) s’est déroulé dans ce contexte, réunissant experts, décideurs et chercheurs pour réfléchir aux défis de gouvernance mondiale qui façonneront la réforme fiscale et la transformation numérique à travers le continent.

Pourquoi l’agenda fiscal du T20 compte pour l’Afrique

À travers les panels, un message s’est imposé : l’Afrique fait face à une crise budgétaire qui s’intensifie. La hausse du coût du service de la dette, la contraction des financements concessionnels et l’aggravation des inégalités soulèvent des questions urgentes sur la manière dont les gouvernements peuvent financer durablement le développement. Ces préoccupations font écho aux priorités de la présidence du G20, qui insiste sur la nécessité de « constituer des marges de manœuvre budgétaires et assurer la soutenabilité budgétaire » pour soutenir le développement à long terme. Comme l’a souligné la plénière du T20 sur « la dette, le coût du capital et les flux financiers illicites », de nombreux pays africains consacrent désormais plus de ressources au remboursement de la dette qu’à des secteurs essentiels comme la santé, l’éducation ou l’investissement public. Dans cet environnement, la fiscalité apparaît comme l’ancrage le plus durable de la souveraineté budgétaire, mais sa performance est entravée par des capacités administratives limitées, des systèmes de données faibles et des déficits de confiance persistants.

L’accent mis par l’Afrique du Sud sur l’IA, la gouvernance des données et les IPN s’aligne étroitement sur l’agenda de transformation numérique du T20, ce qui suggère une reconnaissance partagée que la prochaine vague de capacités étatiques sera numérique. Dans ce contexte, les discussions du T20 illustrent comment les IPN, la monnaie numérique et une gouvernance numérique inclusive peuvent servir non seulement d’outils de prestation de services, mais aussi de nouvelles fondations pour les capacités budgétaires et la mobilisation des recettes.

Débloquer le développement grâce aux infrastructures publiques numériques : implications pour la fiscalité

Le panel du T20 « Débloquer le développement grâce aux infrastructures publiques numériques : e-gouvernance, gouvernance des données, IA et souveraineté numérique » a examiné comment les écosystèmes numériques émergents peuvent transformer les capacités de l’État et le développement inclusif. L’argument central était clair : les IPN ne sont pas simplement un choix technologique, ce sont des infrastructures de construction de l’État. Comme l’a reconnu la présidence indienne du G20, les IPN sont devenues « un instrument central pour un développement inclusif et durable ». Les panellistes ont défini les IPN comme l’équivalent numérique des services publics de base : des systèmes intégrés et ouverts combinant identité numérique, paiements instantanés et échange sécurisé de données, sur lesquels gouvernements et acteurs privés bâtissent des services.

La Déclaration des dirigeants du G20 renforce ce cadrage, en reconnaissant « le potentiel transformateur des infrastructures publiques numériques pour faire progresser une transformation numérique équitable, inclusive, prospère, résiliente et durable » et en appelant à des écosystèmes numériques fondés sur la sécurité, la résilience et la confiance. Cela confirme que les IPN ne sont pas périphériques : elles sont un pilier central des capacités de l’État et d’une gouvernance inclusive.

Pour les pays africains, les implications pour la collecte et l’administration de l’impôt sont considérables :

  • L’identité numérique renforce l’identification des contribuables et réduit les doublons.
  • Les paiements interopérables améliorent la traçabilité des transactions et réduisent les fuites de recettes.
  • Les couches d’échange de données permettent aux administrations fiscales de rapprocher les informations entre agences et de mieux détecter la fraude.
  • Les services publics numérisés accroissent la confiance, déterminant clé de la conformité volontaire.

Les données du programme de l’ICTD Infrastructures publiques numériques et fiscalité montrent comment des systèmes numériques fondamentaux peuvent renforcer les capacités fiscales dans les pays africains. Des études sur l’intégration des identités numériques au Ghana et sur le déploiement des services fiscaux électroniques au Burkina Faso démontrent que la combinaison de l’identification des contribuables, de paiements interopérables et de services en ligne élargit l’immatriculation, améliore la conformité et renforce la perception d’équité. Ensemble, ces résultats montrent que les IPN ne sont pas une réforme abstraite mais une voie concrète pour élargir l’assiette fiscale et améliorer la conformité volontaire.

Sans bonne gouvernance, les infrastructures publiques numériques ne peuvent produire de développement budgétaire

Le panel a toutefois insisté sur le fait que les IPN ne deviennent transformatrices qu’avec une gouvernance délibérée. Les « lignes directrices pour une gouvernance intégrée des IPN » proposées par l’Afrique du Sud, qui alignent les infrastructures numériques sur les droits constitutionnels, les lois de protection des données et les mécanismes de redevabilité, soulignent l’importance d’intégrer la vie privée, l’équité et la confiance des citoyens dans la conception des IPN. Sans ces garde-fous, les IPN peuvent aggraver l’exclusion, en particulier là où des millions de personnes n’ont toujours pas de documents légaux, de connectivité fiable ou de compétences numériques.

Le panel du T20 « Orientations futures pour une transformation numérique équitable et inclusive » a renforcé cette perspective budgétaire. Les panellistes ont noté que les systèmes numériques ne peuvent produire de résultats de développement ni de gains de recettes s’ils ne sont pas réellement inclusifs. La fracture numérique d’aujourd’hui tient moins aux lacunes de connectivité qu’aux contraintes d’accessibilité financière, aux faibles compétences numériques, aux barrières linguistiques et à l’absence de documents fondamentaux, autant de facteurs qui se traduisent par une exclusion budgétaire. Les populations qui ne peuvent accéder aux identités numériques, aux plateformes de paiement ou aux portails d’e-gouvernement sont les mêmes citoyens et entreprises qui restent hors du filet fiscal. Veiller à ce que les IPN soient accessibles, abordables et ancrées dans les droits n’est donc pas seulement un impératif de développement : c’est un impératif budgétaire.

Les IPN ne sont donc plus considérées comme un complément technique mais comme une priorité structurelle de gouvernance, susceptible de renforcer directement les administrations fiscales africaines si les systèmes sont interopérables, accessibles et respectueux des droits.

La monnaie numérique et l’avenir des capacités budgétaires : ce que la prochaine frontière financière du G20 signifie pour la fiscalité en Afrique

Le panel « Monnaie numérique : la prochaine frontière financière du G20 » a montré clairement que l’évolution des monnaies numériques n’est pas seulement un défi financier : c’est un défi budgétaire. Qu’il s’agisse du mobile money, des paiements instantanés, des stablecoins ou des monnaies numériques de banque centrale (MNBC) émergentes, la monnaie numérique refaçonne la manière dont l’activité économique est enregistrée, suivie et imposée.

Pour les pays africains, l’opportunité la plus immédiate réside dans la visibilité accrue créée par les transactions numériques. À mesure que les paiements aux commerçants, les transferts entre particuliers et les opérations des entreprises migrent vers les canaux numériques, ils laissent des traces vérifiables que les administrations fiscales peuvent utiliser pour identifier les revenus, élargir l’assiette fiscale et réduire la dépendance à un contrôle discrétionnaire. Les données de paiement en temps réel améliorent aussi la capacité à détecter les flux financiers illicites et à suivre des secteurs historiquement restés informels. Ces évolutions s’alignent étroitement sur les efforts en cours pour renforcer la mobilisation des ressources intérieures.

La session a toutefois aussi souligné que la monnaie numérique introduit de nouveaux risques pour la gouvernance budgétaire. Les cryptomonnaies et les actifs numériques non réglementés compliquent le contrôle fiscal, en permettant des mouvements transfrontaliers de richesse qui échappent à toute visibilité. Plus important encore, l’usage croissant de stablecoins adossés à des devises étrangères, souvent vus comme une protection contre l’inflation, peut éroder la souveraineté monétaire. Lorsqu’une grande partie de l’économie effectue ses transactions en monnaie numérique émise par des acteurs privés ou adossée à des devises étrangères, les gouvernements perdent le contrôle à la fois de la politique monétaire et des fondements informationnels de la fiscalité.

Le panel a souligné que la voie à suivre dépend de la gouvernance et de la coordination. La monnaie numérique peut renforcer les capacités budgétaires, mais seulement si les cadres réglementaires sont harmonisés, si les risques pour la stabilité financière sont traités et si les pays conservent un contrôle souverain sur leurs infrastructures financières numériques. Pour l’Afrique, cela signifie éviter la dépendance technologique, veiller à ce que les systèmes de paiement numérique restent interopérables et inclusifs, et construire des approches réglementaires qui protègent à la fois la stabilité monétaire et l’État fiscal.

En définitive, la numérisation de la monnaie est une opportunité budgétaire, mais sans gouvernance, elle devient une menace budgétaire.

La transformation numérique du G20 et l’avenir budgétaire de l’Afrique

Les discussions du Sommet du T20 ont montré clairement que l’avenir budgétaire de l’Afrique ne peut être dissocié de son avenir numérique. Qu’il s’agisse d’IPN qui renforcent les capacités administratives ou de monnaie numérique qui refaçonne les écosystèmes financiers, l’agenda numérique du G20 crée de nouvelles occasions de moderniser les systèmes fiscaux, mais seulement si la gouvernance, l’inclusion et la souveraineté restent centrales.

Ces opportunités ne se concrétiseront pas d’elles-mêmes. Elles exigent une analyse soutenue, un apprentissage entre pays et une place plus grande pour les perspectives fiscales africaines dans le processus G20/T20. Alors que les pays africains font face à l’alourdissement de la dette et au rétrécissement de l’espace budgétaire, un engagement coordonné sur la politique fiscale et la gouvernance numérique devient essentiel. Les futures présidences du G20 devraient donc donner la priorité au soutien des États africains pour tirer parti de la transformation numérique de manière à renforcer leurs capacités de collecte de l’impôt et à bâtir une souveraineté budgétaire à long terme.

 

Avertissement : les opinions exprimées dans cette tribune sont celles de son ou ses auteurs et ne reflètent pas nécessairement les positions ou politiques de l’ICTD ni celles de nos bailleurs.

Avertissement : les opinions exprimées dans cet article sont celles de son ou de ses auteurs et ne reflètent pas nécessairement les positions ou les politiques de l’ICTD ni celles de ses bailleurs de fonds.

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