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Du Venezuela au Portugal : comment une ancienne de l’ICTD relie recherche et réforme fiscale d’un continent à l’autre

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Du Venezuela au Portugal : comment une ancienne de l'ICTD relie recherche et réforme fiscale d'un continent à l'autre

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Nous avons rencontré Rosa Maria Rodrigues De Abreu, ancienne participante 2022-2023 du cours de l’ICTD Research on Tax and Development. De ses 25 ans au sein de l’administration fiscale du Venezuela à ses missions de conseil en Afrique lusophone, Rosa revient sur la manière dont la recherche, la confiance et la connaissance bâtissent des systèmes fiscaux plus solides, et sur la place de l’inclusion et de l’accessibilité dans son parcours.

Stephanie : Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours professionnel ?

Rosa : Je suis originaire du Venezuela, où j’ai travaillé 25 ans dans l’administration fiscale nationale. J’ai une formation de juriste, mais très tôt dans ma carrière j’ai compris que la fiscalité était le domaine où je pouvais avoir le plus d’impact, surtout dans le contexte d’un pays à faible revenu.

Il y a une dizaine d’années, je me suis installée au Portugal avec ma famille. Après une longue carrière dans le secteur public et mon départ à la retraite, j’ai décidé de chercher de nouvelles opportunités professionnelles à l’étranger, motivée par la recherche d’un environnement politique et économique plus stable pour l’avenir de ma famille.

Depuis 2019, je travaille comme consultante fiscale experte pour Inspecteurs des impôts sans frontières (TIWB), initiative conjointe de l’OCDE et du PNUD. Dans ce cadre, j’accompagne les administrations fiscales de pays comme l’Angola et le Mozambique, en particulier en fiscalité internationale et en prix de transfert.

Je suis également doctorante en relations internationales, géopolitique et géoéconomie à l’Université autonome de Lisbonne.

Stephanie : Qu’est-ce qui vous a attirée vers la fiscalité au départ ?

Rosa : Je voyais la fiscalité comme un domaine dynamique et puissant, qui évolue avec l’économie et façonne directement le développement. Concrètement, la fiscalité est au cœur du fonctionnement de l’État. Sans recettes, pas de services publics, pas d’infrastructures, pas de résilience. Mais l’impôt n’est pas seulement technique : il définit la relation entre les citoyens et leur gouvernement.

Ayant été à la fois agente des impôts et contribuable, je comprends aujourd’hui les deux côtés.

Stephanie : Pourquoi avez-vous candidaté au cours de l’ICTD Research on Tax and Development ?

Rosa : À l’époque, j’étudiais la fiscalité numérique et les cryptomonnaies au Venezuela et au Salvador dans le cadre de mon doctorat, et j’ai trouvé plusieurs articles publiés par l’ICTD sur ce sujet.

J’ai candidaté après avoir vu l’appel à candidatures dans la lettre d’information de l’ICTD. Le cours était unique : centré sur les pays à faible revenu et couvrant des sujets de pointe souvent négligés par d’autres institutions, comme le genre et la fiscalité, l’informalité et l’enregistrement des contribuables (voir aussi ici et ici).

Mais surtout, il était accessible quels que soient l’âge et le parcours. Cette inclusivité comptait énormément pour moi, d’autant que j’ai candidaté à un stade avancé de ma vie et de ma carrière, alors que les universités m’auraient refusée en raison de mon âge. L’ICTD, lui, m’a offert une opportunité inestimable.

Stephanie : Vous avez développé pendant le cours un projet de recherche qui a ensuite été publié. Pouvez-vous nous en parler ?

Rosa : Oui, mon projet de cours prolongeait mon doctorat. Venant du Venezuela, les cryptomonnaies sont pour moi un sujet particulièrement fascinant : elles sont largement utilisées pour contourner les sanctions américaines et l’accès restreint aux devises. Le Venezuela est aussi le premier pays à avoir créé une monnaie numérique de banque centrale (le Petro). Le Salvador, lui, est le seul pays où le bitcoin a cours légal.

Dans mon projet, j’ai analysé comment les gouvernements abordent la fiscalité dans ces contextes et les défis que cela pose. La recherche sur le Venezuela a été publiée sous forme de chapitre dans l’ouvrage de l’IBFD de 2024 Crypto Assets: Tax Law and Policy. Une partie de mon étude sur le Salvador a été publiée en portugais par mon université.

Rosa anime une session dans le cadre de son travail de consultante pour Inspecteurs des impôts sans frontières.
Rosa anime une session dans le cadre de son travail de consultante pour Inspecteurs des impôts sans frontières.

Stephanie : Comment le cours a-t-il ensuite influencé votre développement académique et professionnel ?

Rosa : L’impact le plus fort a été méthodologique. Il a approfondi ma compréhension de la recherche qualitative et quantitative, en particulier la conception d’enquêtes, la conduite d’entretiens et l’approche rigoureuse du travail de terrain.

Cela a directement renforcé mon travail doctoral, qui porte désormais sur la taxation du carbone et les mécanismes de financement climatique au Brésil et au Mexique.

Enfin, le cours a élargi ma perspective. Il nourrit mon travail de conseil pour TIWB, où comprendre l’informalité, les dynamiques de genre, le comportement des contribuables et les capacités institutionnelles est essentiel.

Stephanie : Comment cette nouvelle perspective a-t-elle façonné votre travail avec les pays à faible revenu ?

Rosa : Sur la question des capacités institutionnelles : mon expérience en Angola et au Mozambique me montre combien le renforcement des capacités est important, non seulement pour les agents des impôts, mais aussi pour les juges et les institutions qui interprètent le droit fiscal. Par exemple, si les tribunaux ne comprennent pas pleinement les questions fiscales, leurs décisions peuvent fragiliser l’administration fiscale. Cela illustre vraiment combien des institutions solides sont essentielles à des systèmes justes et efficaces.

Pour combler cette lacune, j’ai contribué à des formations visant à renforcer la compréhension de la fiscalité au sein des systèmes judiciaires.

Stephanie : Quelles sont vos aspirations pour l’avenir ?

Rosa : J’espère continuer à travailler à la croisée de la recherche et de la pratique. Une fois mon doctorat terminé, j’aimerais enseigner et publier davantage. Je crois que la recherche académique et les données probantes doivent éclairer l’élaboration des politiques dans le monde réel.

Venant du Venezuela, je tiens beaucoup à aider les pays à faible revenu à bâtir des systèmes fiscaux justes et durables.

Ma carrière m’a menée de l’administration nationale au conseil international, puis vers le monde académique, mais ma mission reste la même : renforcer la fiscalité comme outil de développement.

Stephanie : Êtes-vous toujours en contact avec d’autres anciens de l’ICTD ?

Rosa : Oui, je reste en contact avec plusieurs collègues du cours. L’échange d’idées a été l’un des aspects les plus précieux du programme. Apprendre de pairs venus d’horizons différents et travaillant dans des régions différentes a élargi ma compréhension des défis fiscaux mondiaux. Je garde de ce cours de très bons souvenirs, ainsi que des amitiés et des relations professionnelles qui, je le sais, dureront toute une vie et continueront de m’inspirer.

Stephanie : Quel conseil donneriez-vous aux personnes dans une situation semblable à la vôtre, qui décident tard dans leur vie de développer une compétence ?

Rosa : Avant tout, je crois essentiel de comprendre qu’il n’est jamais trop tard. Le moment où vous décidez de cultiver de nouvelles compétences est toujours le bon, quels que soient votre âge ou votre situation. Mon principal conseil est de ne jamais se décourager ni tomber dans le piège de croire que l’occasion est passée.

À celles et ceux qui souhaitent précisément aiguiser leurs capacités de recherche et de développement professionnel, je recommande vivement le cours de l’ICTD Research on Tax and Development. Ce programme est un excellent investissement : il fournit les techniques et les méthodologies nécessaires pour mener des recherches avec plus de confiance, de précision et de succès.

Au-delà des aspects techniques, il vous dote des compétences pratiques nécessaires pour diriger des projets de recherche et en obtenir le financement, des compétences directement transférables et très précieuses pour votre évolution professionnelle.

Avertissement : les opinions exprimées dans cet article sont celles de son ou de ses auteurs et ne reflètent pas nécessairement les positions ou les politiques de l’ICTD ni celles de ses bailleurs de fonds.

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