Les récits sur la taxation du secteur informel ont conduit à des politiques descendantes improductives. Ils ne se sont pas appuyés sur des données relatives à la distribution des revenus, aux redevances locales, aux licences, aux permis et aux paiements informels, qui alourdissent le coût de la conformité et de l’activité.
À partir de données portant sur 2 490 opérateurs informels urbains de Harare et de Masvingo, au Zimbabwe, cette étude décrypte l’informalité en examinant la distribution des revenus ainsi que les impôts, redevances d’usage, permis et licences acquittés par les opérateurs du secteur informel. Les résultats révèlent que seul le quintile supérieur de revenus est potentiellement imposable. Les quintiles 1 à 4 atteignent à peine le seuil de pauvreté, dans son acception basse, avant même de tenir compte des impôts et des licences. Les femmes sont concentrées dans des activités informelles à faible barrière d’entrée et à faible revenu. Bien que 6 pour cent seulement de l’échantillon acquittent des impôts formels au titre du régime national simplifié, principalement des impôts forfaitaires, d’autres paiements et les charges de conformité associées renchérissent le coût de l’activité. Les pots-de-vin sont ainsi devenus un paiement informel omniprésent, perçu de fait par des agents de terrain. Lorsque les opérateurs informels ne parviennent pas à satisfaire aux exigences et au coût des licences et des permis, le pot-de-vin fait souvent office de paiement à tout faire, remplaçant la collecte officielle par des arrangements officieux qui minent davantage les politiques fiscales. Rationaliser et réduire le nombre et le montant des licences et des redevances pourrait améliorer l’environnement des affaires, tout en encourageant la formalisation à long terme.
Ces résultats ont des implications importantes pour la recherche et l’action publique : ils montrent la nécessité de politiques fiscales tenant compte de la diversité des réalités du travail informel. Les activités informelles vont de la simple subsistance à des entreprises informelles productives au seuil de la formalisation. Toutes exigent des réponses adaptées, sensibles au genre, au secteur et aux dynamiques propres à chaque ville.