De nombreux pays à revenu faible et intermédiaire entreprennent des réformes de leur politique fiscale. Celles-ci sont généralement motivées par la volonté d’accroître les recettes, et parfois aussi d’améliorer l’équité en réduisant la charge pesant sur les contribuables les plus modestes. On sait pourtant peu de choses de la mesure dans laquelle ces réformes affectent la pauvreté et les inégalités, en particulier à l’échelle des ménages. Cette étude analyse de manière exhaustive, et pour la première fois, la progressivité des politiques fiscales du Libéria, pays à faible revenu, et leur effet sur la pauvreté et les inégalités.
Après prise en compte du secteur informel, l’impôt sur le revenu des personnes physiques s’avère progressif dans le régime antérieur à 2011. Il l’est toutefois davantage dans le régime postérieur à 2011. L’impôt d’avant 2011 réduisait les inégalités mais accroissait la pauvreté. Celui d’après 2011 réduit également les inégalités, sans changement supplémentaire sur la pauvreté. Un régime simulé, comportant une baisse de 75 pour cent des taux pour les tranches de revenu imposable inférieures et une hausse de 75 pour cent pour les tranches supérieures, se révèle encore plus progressif. La simulation confirme aussi la réduction des inégalités et l’absence de hausse de la pauvreté constatées dans le scénario actuel.
La taxe sur les produits et services s’avère progressive dans les régimes antérieur et postérieur à 2016, ce qui implique que les plus riches en acquittent davantage du fait de leurs achats plus élevés de biens taxables non alimentaires. Elle réduisait marginalement les inégalités mais accroissait la pauvreté dans le régime antérieur à 2016. Le régime postérieur à 2016 a marginalement accru les inégalités et fortement accru la pauvreté. Un régime simulé, avec un taux effectif plus faible sur les dépenses taxables inférieures à un seuil prédéfini et un taux plus élevé au-delà, se révèle plus progressif. La simulation conduit en outre à une réduction plus forte des inégalités et à une hausse limitée de la pauvreté.
Nous suggérons qu’augmenter de 75 pour cent le taux actuel de l’impôt sur le revenu pour les plus hauts revenus, et fixer des taux différenciés pour la taxe sur les produits et services (5 pour cent de taux effectif sur les dépenses taxables les plus faibles et 95 pour cent sur les plus élevées) contribuera à renforcer l’équité du système fiscal libérien et la redistribution qu’il opère.