La réduction de la pauvreté et, plus récemment, des inégalités constitue une préoccupation pressante dans de nombreux pays à revenu faible et intermédiaire, notamment parce que les objectifs de développement durable engagent les pays à des progrès significatifs d’ici à 2030. La redistribution est essentielle pour atteindre ces objectifs, et elle est façonnée par les systèmes fiscaux et sociaux des pays. Bien que la redistribution résulte de l’effet simultané de la collecte des recettes et des dépenses publiques, les politiques et les analyses de leurs effets distributifs ont largement été menées dans des perspectives étroites et cloisonnées.
Dans cet article, nous cherchons à évaluer conjointement l’effet distributif des impôts et des transferts (via la protection sociale), en prenant l’Éthiopie comme étude de cas. Nous constatons qu’actuellement le programme phare de protection sociale éthiopien est plus efficace que l’impôt sur le revenu pour réduire la pauvreté, tandis qu’aucune des deux politiques ne parvient à réduire sensiblement les inégalités globales.
Dans l’ensemble, nos résultats confortent l’idée commune selon laquelle la dépense sociale est mieux à même que la fiscalité d’opérer une redistribution. Nous avons également examiné si l’Éthiopie aurait la capacité d’atteindre le niveau de redistribution souhaité en appliquant des taux marginaux plus élevés aux revenus relativement élevés. Nos résultats donnent à penser que l’Éthiopie n’a pas aujourd’hui les moyens de combler l’écart de pauvreté, ni de financer intégralement son principal programme de filet de sécurité à partir de ses seules ressources intérieures.