L’Amérique latine présente le degré d’inégalité le plus élevé au monde (Ferreira et Ravallion, 2008). Les taux de pauvreté, sans être les plus élevés, restent trop importants au regard du niveau de développement de la région (BID, 2011, p. 43). Compte tenu de ces deux constats, la mesure dans laquelle les gouvernements usent de leur pouvoir de lever l’impôt et de dépenser pour atténuer les inégalités et la pauvreté revêt une grande importance. Quelle réduction des inégalités et de la pauvreté l’Amérique latine obtient-elle par la fiscalité et les dépenses sociales ? Dans quelle mesure la collecte des recettes et les dépenses sociales sont-elles progressives ?
Pour répondre à ces questions, les auteurs appliquent une analyse standard de l’incidence des prélèvements et des prestations afin d’estimer l’effet sur les inégalités et la pauvreté des impôts directs, des impôts indirects et des subventions, ainsi que des dépenses sociales (transferts monétaires et alimentaires, et transferts en nature dans l’éducation et la santé).
La réduction des inégalités induite par les impôts directs et les transferts est plutôt faible (2 points de pourcentage en moyenne), en particulier comparée à celle observée en Europe occidentale (15 points de pourcentage en moyenne).
Ce qui empêche l’Argentine, la Bolivie et le Brésil d’atteindre des réductions comparables des inégalités n’est pas l’insuffisance des recettes, mais le fait qu’ils consacrent, en part du PIB, moins de dépenses aux transferts monétaires, en particulier à ceux qui sont progressifs en termes absolus.
Du fait des impôts indirects, les contributeurs nets au système fiscal apparaissent dès le quatrième, le troisième, voire le deuxième décile en moyenne, selon les pays. Lorsque l’on ajoute les transferts en nature dans l’éducation et la santé, en revanche, les six premiers déciles deviennent bénéficiaires nets.
L’effet des transferts sur la réduction des inégalités et de la pauvreté pourrait être plus important si les dépenses consacrées aux transferts monétaires directs progressifs en termes absolus étaient accrues, si les fuites vers les non-pauvres étaient réduites et si la couverture des personnes en situation d’extrême pauvreté par les programmes de transferts directs était élargie.