Les États modernes n’ont monopolisé que récemment l’autorité de contrôler les déplacements sur un territoire. Avant cela, les points de contrôle aidaient les gouvernants à affirmer leur juridiction sur des territoires et à financer leurs prétentions au pouvoir, en concentrant la maîtrise de points de passage stratégiques le long des grandes routes commerciales. Aujourd’hui, les luttes autour de la mobilité sont centrales pour les moyens de subsistance et la richesse dans les contextes postcoloniaux, où les déplacements forcés et les prélèvements sur les flux de marchandises, de bétail et de migrants entretiennent et alimentent le conflit. La recherche montre que les barrages routiers sont particulièrement au cœur des dynamiques de conflit armé : ils alimentent la violence et façonnent les formes d’ordre portées par divers types d’acteurs armés, étatiques comme non étatiques.
Ce document introductif à la série de documents de travail DIIS/ICTD/CAG, Roadblocks and Revenues, soutient que les barrages routiers méritent une attention théorique accrue, car ils constituent une revendication d’autorité distincte. Les auteurs proposent d’explorer le lien entre barrages routiers, dynamiques de conflit, fabrication de l’ordre politique et formation de l’État à travers la « politique du passage » : les contestations autour de la circulation et de l’autorité qui se jouent aux barrages dans les contextes fragiles.
Résumé du document de travail n° 1 de la série Roadblocks and Revenues DIIS/ICTD/CAG.