Le contrôle territorial est une notion centrale de l’étude des guerres civiles et de la gouvernance rebelle. Les chercheurs tombent pourtant souvent dans un « piège territorial », en supposant que ce contrôle est soit le résultat, soit la condition préalable d’une gouvernance armée. À partir d’un travail de terrain immersif dans l’est du Myanmar, cet article retrace la façon dont différentes mises en ordre spatiales du pouvoir peuvent émerger de manière territoriale ou extraterritoriale. L’usage des points de contrôle comme instrument de comparaison montre que la souveraineté n’est pas un attribut géographiquement fixé, mais l’effet des pratiques quotidiennes des groupes armés, tributaire de la présence d’autres acteurs violents et façonné par elle. Ces résultats remettent en question à la fois les modèles dyadiques du conflit fondés sur la technologie de la guerre et les ontologies wébériennes du pouvoir fondées sur le contrôle territorial. Les auteurs mettent au jour des formations souveraines alternatives d’organisation des groupes armés, qui opèrent selon d’autres rationalités, registres et pratiques, plutôt qu’en exerçant un pouvoir sur des sujets à l’intérieur d’un territoire borné. Ils soutiennent que les programmes de recherche futurs devraient dépasser le déterminisme structurel du piège territorial rebelle et examiner plutôt des explications fondées sur la capacité d’agir, pour comprendre comment et pourquoi les groupes armés cherchent à gouverner.
Cet article fait partie d’un numéro spécial consacré à « The Politics of Passage: Checkpoints and Authority amidst Conflict » dans Development and Change, et issu de la série Roadblocks and Revenues copubliée par l’ICTD, le Danish Institute of International Studies et le Centre on Armed Groups.
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