Cet article examine l’effet des ressources naturelles sur les guerres civiles, en s’intéressant aux difficultés rencontrées par les groupes armés cherchant à profiter du secteur de l’opium au Myanmar. Les théories économiques du conflit soutiennent que la présence de ressources pillables peut prolonger les guerres civiles, en fournissant aux groupes armés non étatiques les moyens et les incitations pour défier l’État. L’accent mis sur la présence de ces ressources et sur les capacités des groupes armés néglige toutefois la manière dont ces groupes convertissent les ressources en richesse. Cette étude examine l’État Shan du Myanmar durant les trois premières décennies de son essor de l’opium d’après-guerre. Si la production accrue d’opium dans l’État Shan offrait une source de recettes potentielle aux dizaines de groupes armés non étatiques, ce sont les restes des forces du Kuomintang de Tchang Kaï-chek qui ont dominé ce commerce. En mobilisant la « politique du passage », approche attentive aux revendications concurrentes sur le commerce en zone de guerre, cet article examine les divers obstacles rencontrés par les groupes armés cherchant à tirer profit du commerce de l’opium. Ses résultats indiquent que la mobilisation de recettes par ces groupes était bien plus difficile que ne le suggèrent les théories économiques de la guerre civile. L’article souligne la nécessité de dépasser la simple présence et l’extraction de ressources par des groupes armés puissants, et de prêter une attention plus fine aux difficultés prosaïques mais redoutables qu’il y a à tirer profit d’un secteur de ressources de valeur.
Cet article fait partie d’un numéro spécial consacré à « The Politics of Passage: Checkpoints and Authority amidst Conflict » dans Development and Change, et issu de la série Roadblocks and Revenues copubliée par l’ICTD, le Danish Institute of International Studies et le Centre on Armed Groups.
Tous les autres articles du numéro spécial sont disponibles ici.