Le développement piloté par les communautés est depuis longtemps adopté par les partenaires internationaux de développement comme moyen de fournir des biens publics et de renforcer le capital social et la cohésion, en particulier dans les contextes fragiles. Pour bénéficier d’un soutien externe, ces projets exigent souvent un cofinancement des communautés par des prélèvements informels, c’est-à-dire des paiements non marchands qui ne sont ni exigés ni définis par la loi et dont l’application se fait hors du système juridique étatique. Ce cofinancement est souvent encouragé par des subventions, l’exigence de contributions informelles étant largement justifiée par la conviction qu’elles créeront un plus fort sentiment d’appropriation des projets et en accroîtront la pérennité.
Malgré leur large adoption par les partenaires et les bailleurs et leur intégration aux programmes, les éléments sur l’effet des exigences de cofinancement restent limités. Premièrement, on ne sait pas clairement si ces programmes parviennent à encourager la production informelle de recettes et l’action collective locale.
Deuxièmement, bien que l’on suppose souvent que les programmes de subventions de contrepartie exigeant des contributions communautaires produisent de meilleurs résultats en matière de biens publics que l’aide externe seule, peu d’éléments l’établissent en pratique. Les évaluations de ces programmes soulignent par ailleurs le risque d’une captation par les élites, tandis qu’il est plausible que les exigences de recettes locales conduisent à des méthodes de collecte coercitives, les recettes bénéficiant surtout aux élites locales.
Troisièmement, on sait peu de choses de l’effet, pour les acteurs étatiques et non étatiques de la gouvernance, de l’exigence d’un cofinancement par contributions communautaires informelles. On ne sait pas clairement si ces exigences évincent d’autres formes de levée de recettes, formelles et informelles, ni si travailler avec des institutions fiscales informelles extérieures à l’État nuit à la légitimité de celui-ci.