Responsables politiques et analystes ont vu dans l’usage croissant des services d’argent mobile au sein du secteur informel kenyan un point d’entrée possible pour taxer les petites entreprises qui échappent d’ordinaire au radar des administrations fiscales locales. Dans cet esprit, la loi de finances de 2023 a proposé, parmi plusieurs autres hausses, de porter le droit d’accise sur les services d’argent mobile de 12 à 15 pour cent, ce qui a renchéri les frais pour les clients. Notre recherche examine la réaction des citoyens ordinaires à ce changement, par un travail de terrain ethnographique, des entretiens approfondis et des discussions de groupe, ainsi que par l’analyse d’articles de presse et de publications dans les médias, y compris sociaux.
Nous examinons 1) le rapport entre les taxes sur les services d’argent mobile, les autres impôts et les autres paiements obligatoires acquittés par les acteurs sociaux, et 2) la façon dont la perception de la fiscalité en général influe sur l’appréciation que les citoyens portent sur chaque impôt, et inversement. Nos données montrent que le sentiment antifiscal général, en partie attisé par l’opposition politique, a conduit les citoyens à éviter de payer l’impôt en recourant à divers « contournements budgétaires ». Sur tout le spectre politico-économique, nos participants ont ainsi exprimé leur exaspération à l’égard de la classe politique tout en réaffirmant leur conception de l’impôt comme fondé sur un « contrat social » entre des citoyens qui s’acquittent de leurs obligations et un gouvernement qui fournit les services essentiels.
Résumé du document de travail n° 211.