La numérisation des paiements d’impôt est une priorité croissante dans les pays à revenu faible et intermédiaire, en particulier en Afrique, où la mobilisation des recettes reste un défi. Il est également clair que des obstacles freinent une adoption plus large, tandis que les effets du paiement numérique sur le civisme fiscal restent peu explorés. Cette étude comble cette lacune en exploitant l’obligation de « zéro espèces » instaurée en Eswatini en 2021.
À partir de données fiscales administratives, nous évaluons deux questions clés : i) comment l’adoption volontaire des paiements numériques affecte la conformité et ii) quel est l’effet de rendre ces paiements obligatoires. Nous recourons à une approche de doubles différences échelonnées pour l’adoption volontaire, et à une stratégie de doubles différences par intensité de traitement pour apprécier les effets de l’obligation. L’adoption volontaire améliore sensiblement la conformité : elle réduit les paiements tardifs de 19 points de pourcentage (25 pour cent) et accroît l’exactitude des paiements de 5,7 points de pourcentage (22 pour cent) pour les paiements numériques au sens large, et jusqu’à 9 points de pourcentage (30 pour cent) pour les méthodes strictement numériques. Elle n’a en revanche qu’un effet minime sur les montants totaux acquittés. L’obligation, à l’inverse, a supprimé les paiements en espèces mais a produit des effets plus modestes sur la conformité, augmentant les paiements d’impôt d’environ 2 pour cent. Si les entreprises paient davantage, elles dégradent aussi l’exactitude de leurs paiements, tandis que les particuliers améliorent leur ponctualité après adoption. Ces résultats mettent en lumière des schémas de conformité distincts entre ceux qui adoptent volontairement et ceux qui y sont contraints. Ils soulignent l’importance de concevoir des politiques de numérisation fiscale tenant compte de l’hétérogénéité des contribuables et de leurs réponses comportementales, afin de maximiser les gains de conformité.