Les contributions communautaires sont souvent exigées dans le cadre des programmes de développement piloté par les communautés, leur versement étant encouragé par des subventions de contrepartie. On sait pourtant peu de choses de l’effet de ces subventions, ou des implications du fait d’exiger des contributions communautaires pour que les communautés reçoivent des financements de développement.
Cet article décrit une recherche menée en partenariat avec deux organisations non gouvernementales, l’une internationale et l’autre somalienne, dans le cadre d’un essai contrôlé randomisé portant sur un programme de subventions de contrepartie conçu pour encourager les contributions informelles aux biens publics locaux dans la région de Gedo, dans le centre-sud de la Somalie. Nous nous appuyons sur des données d’enquête recueillies auprès de 1 297 ménages dans 31 communautés de traitement et 31 communautés témoins, ainsi que sur des enquêtes auprès des responsables de village et sur les données de contributions informelles issues de la plateforme d’argent mobile utilisée par ces responsables pour collecter les recettes.
Deux constats principaux se dégagent. Premièrement, notre recherche montre que travailler avec les communautés et encourager la production informelle de recettes peut être un moyen efficace de fournir des biens publics et de soutenir les citoyens et les communautés. Deuxièmement, prolongeant les travaux qui explorent la capacité des interventions de développement à enclencher des cercles vertueux ou vicieux de gouvernance, nous montrons que les partenaires de développement peuvent travailler directement avec les responsables communautaires et les institutions fiscales informelles sans nécessairement affaiblir, et peut-être même en renforçant, la légitimité de l’État et les processus de construction étatique en cours dans le pays. De fait, bien qu’elle n’ait joué aucun rôle direct dans le programme de subventions de contrepartie, la légitimité de l’administration locale telle que perçue par les contribuables s’est améliorée du fait du programme.
Ces constats approfondissent notre compréhension de la manière dont les contributions communautaires peuvent être encouragées par des programmes de subventions de contrepartie, et dont elles peuvent contribuer au développement piloté par les communautés et à la fourniture de biens publics dans un contexte de faible capacité institutionnelle.